L’affaire Dutroux débute par la découverte près de Charleroi en Belgique, le samedi 17 aout 1996, des corps de deux fillettes de huit ans, Julie Lejeune et Mélissa Russo, enlevées quatorze mois plus tôt.

1- Marc Dutroux

306181403_B976051189Z.1_20150713095422_000_G2U4RS39H.1-0 Marc Dutroux, né 1956 en Belgique, est un électricien de profession.

En 1979, il est condamné à une peine d’un mois d’emprisonnement pour vol, puis en 1988, à quatre mois de prison pour recel.

Le 4 février 1986, Marc Dutroux et Michelle Martin (sa compagne) sont emprisonnés, ils sont accusés de séquestrations, d’enlèvements et de viols de mineures de moins de 16 ans commis entre 1983 et 1985.

2- Michelle Martin

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Michelle Martin est libérée en avril 1986, mais Marc Dutroux reste incarcéré

En avril 1989, ils sont condamnés à respectivement 13 ans et demi et 5 ans de prison.

En août 1991, Michelle Martin est libérée, puis en avril 1992, Marc Dutroux sort de prison en bénéficiant d’une libération conditionnelle, même si le procureur et les psychiatres s’y sont opposés.

En novembre 1992, il est accusé d’attouchements sexuels sur des jeunes filles à la patinoire de Charleroi.

Interrogé par la Police communale, il est aussitôt relâché sans être inquiété.

En août 1996, il est arrêté avec Michelle Martin et deux complices dans ce qui est appelé «l’affaire Dutroux».

Accusé de viol et de meurtre sur des enfants et de jeunes adolescentes, cette affaire connaît un retentissement international.

Elle met également en exergue les dysfonctionnements de la Justice et de la Police belge de par le passé de Marc Dutroux.

En avril 1998, ce dernier parvient à s’évader pendant son transfert au palais de justice de Neufchâteau ; il est rattrapé quelques heures plus tard dans les bois de Chiny.

Ce nouvel incident provoque une vague d’indignation en Belgique, ce qui contraint deux ministres à démissionner.

Le 17 juin 2004, Marc Dutroux est condamné à l’emprisonnement à perpétuité pour cinq assassinats, pour être le chef d’une association de malfaiteurs impliquée dans des enlèvements d’enfants, de séquestrations, de viols avec torture et de trafic de drogue.

En 2012, emprisonné à la prison de Nivelles, Dutroux demande à pouvoir purger sa peine à l’extérieur de la prison sous la surveillance d’un bracelet électronique, ce qui lui est refusé.

Le 28 août 2012, Michelle Martin est libérée.

Elle sera reçue dans le couvent des sœurs Clarisses à Malonne (parmi les conditions de sa libération conditionnelle, elle devra éviter tout contact avec les médias).

En avril 2015, elle est hébergée par l’ancien juge Christian Panier.


 

2 – L’Affaire Dutroux

a) Les victimes

– Julie et Melissa

Julie et MelissaJulie Lejeune, huit ans et demi, et Mélissa Russo, neuf ans, disparaissent à Grâce-Hollogne le 24 juin 1995.

Leurs corps seront retrouvés à quatre mètres de profondeur à Sars-la-Buissière le 18 août 1996 ; elles seraient mortes le 24 mars 1996 et auraient été enterrées le 27 mars 1996.

Les démarches inlassables de leurs parents pour les retrouver et la mobilisation des médias avaient fait connaître leurs noms et visages au public bien avant la découverte de Marc Dutroux, leur ravisseur.

Ainsi, quand l‘affaire Dutroux éclate, la société belge est ébranlée par le sort subi par les victimes.

Des manifestations de citoyens, appelées «marches blanches», font alors prendre conscience aux politiciens et aux forces de police des erreurs commises durant l’enquête, ce qui a plusieurs conséquences :

  • une commission parlementaire entend des centaines de témoins pendant des mois, en direct, devant les caméras de la télévision ;
  • la police et la gendarmerie sont fusionnées et leur mode de fonctionnement est réformé ;
  • des institutions nouvelles voient le jour, afin d’améliorer la prise en compte des disparitions inquiétantes et mieux observer le droit des victimes ;
  • à partir de l’association Child Focus, créée par des parents des victimes avec l’aide de l’État, des structures internationales sont mises en place pour améliorer les moyens de recherche des enfants disparus.

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– An et Eefje

An et EefjeAn Marchal et Eefje Lambrecks, âgées respectivement de dix-sept et dix-neuf ans, sont enlevées ensemble le 23 août 1995 dans la région d’Ostende, alors qu’elles sortaient d’une soirée entre amis et rentraient en tramway.

On retrouvera leurs corps le 3 septembre 1996 sous le hangar du jardin d’un complice de Dutroux, à Jumet, à 2,50 mètres sous terre.

 

 

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– Sabine Dardenne

Sabine DardenneC’est le 28 mai 1996 dans la matinée, alors qu’elle se rendait à l’école à vélo, que Sabine, douze ans, disparaît dans la région de Tournai.

Le 15 août 1996, Marc Dutroux avoue aux enquêteurs, alors à la recherche de Laëtitia Delhez, qu’il détient aussi dans sa cave cette autre petite disparue.

Sabine sera délivrée en même temps que Laëtitia et racontera aux enquêteurs les circonstances de son enlèvement et les quelque douze semaines de séquestration qu’elle a passées dans la maison de Dutroux, principalement dans la cache située dans la cave.

Sabine décrit comment, dès le lendemain de son arrivée à Marcinelle, Dutroux se serait employé, avec l’aide de

Michel Lelièvre, à lui faire comprendre que ni ses parents ni la police ne cherchaient à la délivrer en payant une rançon, mais que lui était là pour la protéger contre le «chef» qui voulait la liquider.

Elle écrira plusieurs lettres, jamais envoyées, à ses parents et sa famille dans lesquelles elle raconte son sentiment d’abandon et de culpabilité.

Son témoignage sera étayé au moyen d’un carnet dans lequel elle a consigné scrupuleusement tous les événements qu’elle a vécus durant cette période : ses conditions de vie, les viols, le conditionnement et les privations qu’elle a subis de la part de son geôlier.

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– Laëtitia Delhez

Laëtitia DelhezLe 9 août 1996, en début de soirée, Laëtitia, quatorze ans, est enlevée à sa sortie de la piscine de Bertrix par Marc Dutroux et Michel Lelièvre.

Selon leurs propres déclarations, ils se seraient rendus tous deux à Bertrix dans le but d’enlever une jeune fille si l’occasion s’en présentait.

Après l’avoir kidnappée, Dutroux l’aurait droguée et violée à trois reprises.

Laëtitia a été enfermée dans la cache de Marcinelle, avec Sabine, pour n’en être délivrée que quelques jours plus tard par les enquêteurs du juge Connerotte.

 

 

 

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– Bernard Weinstein

Bernard WeinsteinÀ la mi-novembre 1995, le Français Bernard Weinstein, complice de Dutroux dans plusieurs affaires de vol de voiture et de séquestration de personnes, disparaît.

Sur les indications précises de Marc Dutroux, le corps de Weinstein est retrouvé enterré au même endroit que ceux de Julie et Mélissa, dans la propriété que Dutroux possède à Sars-la-Buissière, le 18 août 1996.

Il semble que Dutroux ait voulu se débarrasser d’un témoin gênant en la personne de Weinstein, lequel devait être activement recherché pour des faits commis avec Dutroux quelques jours avant sa disparition.

Un témoin d’autant plus compromettant pour Dutroux dans les enlèvements de Julie, Mélissa, An et Eefje.

Michelle Martin donne une autre explication : en fait, Dutroux aurait voulu s’emparer d’une somme de plus de 500 000 FB (environ 12 000€) que Weinstein avait reçue de sa mère.

L’autopsie réalisée en août 1996 met en avant des traces d’inhalation de terre au niveau de la trachée et des bronches permettant de confirmer que Bernard Weinstein a été enterré vivant après avoir été torturé.


 

b) Les Propriétés de Dutroux

  • Maison de Sars-la-Buissière, 43 de la rue de Rubignies, à vingt kilomètres de Charleroi.

Dissimulée derrière les habitations voisines et à l’abri des regards indiscrets.

C’est dans le jardin de celle-ci qu’ont été retrouvés les corps de Julie Lejeune et Mélissa Russo

  • Maison de Marcinelle , avenue de Philippeville où Julie et Melissa ont été sequéstrée.


c) Le procès Dutroux

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1996
13 août: Marc Dutroux, un ancien électricien au chômage de 39 ans, Michelle Martin, 36 ans, et un marginal, Michel Lelièvre, sont arrêtés dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Laetitia.
15 août 1996: Les aveux de Dutroux permettent de découvrir Laetitia et Sabine emmurées vivantes dans la cache d’une maison lui appartenant à Marcinelle, dans la banlieue sud de Charleroi.
Arrestation de l’escroc bruxellois Michel Nihoul, soupçonné de complicité avec Dutroux.
17 août 1996: Découverte dans la résidence principale de Dutroux à Sars-La-Buissière, des corps de Julie et Melissa, mortes de faim.juge Jean-Marc Connerotte
18 août 1996: Dutroux et Lelièvre avouent l’enlèvement d’An et Eefje.
3 septembre 1996: La police belge exhume d’une troisième propriété de Dutroux les restes des deux adolescentes flamandes.
25 septembre 1996: Marc Dutroux est inculpé pour l’assassinat de son complice Bernard Weinstein.
14 octobre 1996: Dessaisissement du juge Jean-Marc Connerotte, qui avait mis en avant l’hypothèse d’un éventuel réseau pédophile ayant bénéficié de protections.
15 avril 1997: Une commission d’enquête du Parlement relève des irrégularités judiciaires et policières dans les enquêtes sur les disparitions d’enfants.

6 mai 1997: la commission d’enquête examine l’éventuelle protection de Dutroux par des personnalités importantes.

23 novembre 1997: des documents de l’affaire Dutroux sont volés de la voiture d’un policier bruxellois.

17 février 1998: La commission établit cependant que Dutroux n’a pas bénéficié de protections au plus haut niveau de l’État.
18 février 1998: une réforme de la police est décidée.
19 février 1998: le Premier ministre Jean-Luc Dehaene refuse de démissionner à cause de l’affaire Dutroux.

23 avril 1998: Dutroux s’échappe du Palais de justice de Neufchâteau.
Il est arrêté quelques heures plus tard.
Démission des ministres de l’Intérieur et de la Justice Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck.
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28 avril 1999 : une motion de censure contre le gouvernement échoue.Hubert Massa
14 juillet 2000: le procureur en charge de l’affaire, Hubert Massa, se suicide.
19 juin 2001: Dutroux est condamné à cinq ans de prison pour son évasion.
22 janvier 2003: dans une interview, Dutroux nie les quatre assassinats.
Il suggère l’existence d’un réseau pédophile impliquant les plus hautes personnalités du royaume, provoquant un nouveau scandale.
30 avril 2004: La justice ordonne le renvoi aux assises de Dutroux, Martin et Lelièvre. Elle crée la surprise et relance la thèse du réseau en ordonnant également le renvoi de Michel Nihoul.
1er mars 2004: Ouverture du procès Dutroux devant la cour d’assises d’Arlon.
14 juin 2004: le jury se retire pour délibérer sur la culpabilité des quatre accusés.
17 juin 2004: Le jury populaire de la cour d’assises d’Arlon déclare Dutroux coupable de l’enlèvement, la séquestration et le viol entre juin 1995 et août 1996 de six fillettes et adolescentes belges.
Il le déclare également coupable de l’assassinat d’An et Eefje et responsable de la mort de Julie et Melissa.
Michel Lelièvre et Michelle Martin sont reconnus coupables respectivement des enlèvements et des séquestrations.
Le jury ne parvient pas en revanche à trancher la question de la responsabilité de Michel Nihoul dans les rapts d’enfants imputés à Marc Dutroux.
Il est acquitté par les magistrats de la cour d’assises en tant qu’auteur de rapts d’enfants mais le président de la cour d’assises ordonne une nouvelle délibération des jurés sur sa complicité dans les enlèvements.
22 juinMarc Dutroux est condamné à la prison à perpétuité pour l’enlèvement, la séquestration et le viol de six jeunes filles en 1995 et 1996, ainsi que l’assassinat de deux de ses victimes et d’un de ses anciens complices.
Michelle Martin et Michel Lelièvre écopent respectivement de 30 et 25 ans de réclusion criminelle.
Michel Nihoul est condamné à cinq ans de prison pour trafic de drogue et d’êtres humains.

d) Les Failles du système Juridico-Policier

Dutroux récidiviste:

Arrêté en 1986 et condamné à treize ans de prison pour cinq enlèvements et viols de filles âgées de 11 à 19 ans, le pédophile est libéré dès avril 1992, contre l’avis du procureur et des psychiatres.

Aucun suivi n’est ensuite assuré.

Pire : arrêté en novembre 92 pour des attouchements sexuels sur une fillette, il est immédiatement relâché, sans être inquiété.

Guerre des polices, enquêtes bâclées :

La police d’une part, la gendarmerie de l’autre, les juges d’instruction au milieu : les différentes enquêtes sont éparpillées, dans un contexte de restructuration du système judiciaire où chacun essaye de tirer la couverture à soi.

Résultat : chaque service garde jalousement ses informations.

Les gendarmes chargés de l’enquête “Julie-Mélissa” sont ainsi sur la piste de Dutroux dès juillet 1995. L’opération, secrète, est baptisée “Othello“.

Ils surveillent les maisons de leur suspect et profitent même de son incarcération dans l’affaire de trafic de camions pour prétexter une perquisition.

Le 12 décembre, ils fouillent la cave où sont enfermées Julie et Mélissa, sans dénicher la cache.

Il faudra attendre l’arrestation de Dutroux pour que le dossier soit centralisé à Neufchâteau.

Tous ces dysfonctionnements seront déballés au grand jour début 1997 lors des débats de la commission d’enquête parlementaire, spécialement créée pour l’occasion par le roi Albert II.

Les audiences seront retransmises pendant deux mois en direct à la télévision.

Mi-octobre 1996, le juge Connerotte participe à un “souper-spaghetti” de soutien à Sabine et Laetitia.

Il est aussitôt dessaisi pour partialité.

La décision révolte les Belges alors que grandissent les premières rumeurs sur un réseau de pédophilie géré par des notables.

Le 20 octobre, la “Marche Blanche”, en présence de Sabine et Laetitia, réunit entre 300 000 et 350 000 personnes à Bruxelles.

Les participants y manifestent aussi bien leur soutien aux victimes d’actes de pédophilie que leur rejet du système judiciaire.

Et se remémorent la phrase lâchée par le procureur Bourlet en août : “J’irai jusqu’au bout si on me laisse faire“.

L’affaire Dutroux devient une affaire “d’Etat”.


 

e) Un réseau

Dutroux agit-il pour le compte d’un réseau de pédophilie dirigé par des “puissants” ou est-il un “prédateur isolé”?

Les partisans des deux thèses, baptisés “croyants” et “incroyants”, s’opposent fermement sur le sujet.

Pour les premiers, c’est la seule manière d’expliquer la première libération de Dutroux, les errements et les oublis de l’enquête ou bien encore son évasion.

Pour les seconds, il ne s’agit que d’une rumeur non fondée, ce à quoi conclut la commission d’enquête parlementaire.

Un homme attire néanmoins tous les regards : Michel Nihoul.

Cet homme d’affaires sulfureux, aujourd’hui âgé de 62 ans, gravite dans le gotha bruxellois et organise, selon ses propres termes, des “partouzes” pour les personnalités.

Son lien avec l’affaire?

Il a passé de nombreux coups de téléphone à Marc Dutroux avant et après l’enlèvement de Laetitia.

Selon lui, c’était en vue de faire réparer sa voiture.

Pour les “croyants”, Marc Dutroux agissait sur ses ordres après les “commandes” de clients.

Il devait ensuite “préparer” les filles et les remettre à Nihoul.

Au total, le dossier fait 400 000 pages, l’acte d’accusation 72 et plus de 450 témoins devraient être entendus.

Les différentes cellules d’enquête qui ont opéré dans l’affaire Dutroux, les dossiers connexes et les différents dossiers d’enfants disparus ont presque toujours fermé des portes plutôt que de les ouvrir, soit par incrédulité, soit par paresse, soit par bêtise, soit pour des raisons que l’on n’ose pas imaginer, à savoir la protection de certains personnages.


f) Les témoins X

À la suite de l’arrestation de Dutroux le 12 août 1996, les fameux témoins X, se présentent auprès des gendarmes de la cellule d’enquête de Neufchâteau, spécialement constituée pour enquêter sur le dossier Dutroux (suite à l’enlèvement de Laetitia Delhez ) et tous les dossiers connexes.

Alors qu’en  août 1996, le juge d’instruction Jean-Marc Connerotte tente de suivre la piste des réseaux. Il est licencié et remplacé par un débutant.

juge LangloisLe juge Jacques Langlois, qui reprend donc l’instruction, ne semble pas empressé de prendre ce dossier “Bis“.

Celui-ci -celui des réseaux-  a été volontairement écarté du procès Dutroux.

Pourtant ce dossier “Bis” laisse entendre que des hommes puissants, situés à la tête de l’état, voir dans la famille royale belge, que des industriels et des hommes d’affaire du plus haut niveau, que des hommes politiques d’envergure, des magistrats, des gendarmes etc. sont les clients, les consommateurs ou les chefs de ces réseaux.

Qu’il s’agit même en quelque sorte d’un mode de vie dans lequel on est initié, un peu comme on peut l’être dans une société secrète, et où on obéit à une incontournable et mortelle loi du silence…

Il s’agit d’une initiation à des pratiques sexuelles hyper violentes, à des meurtres, à de l’anthropophagie, de la coprophagie, de la zoophilie, à de la toxicomanie, à des chasses à l’homme, bref à tout ce qui finit par incarner le mal absolu comme si le mal absolu ou le bien absolu n’était qu’une même chose, les revers d’une même médaille, celle du pouvoir.

Ces témoins X dépeignent donc une Belgique gangrenée par ces pratiques où chaque acteur acquiert du pouvoir dans la mesure où il possède des informations compromettantes sur ses collègues.

Quant à Dutroux, on peut dire qu’il est impliqué dans cet aspect du dossier de façon très indirecte.

Il ne serait que l’un des fournisseurs,  tardif, dans la mesure où ces réseaux existent depuis longtemps (au moins depuis les années 50 et 60 selon un des témoins X).

Michel Nihoul, autre inculpé dans l’affaire Dutroux est plus volontiers cité par les témoins X, on peut même dire que c’est son passage en tant que suspect puis inculpé devant tous les écrans de télévision des foyers belges qui a suscité ces vocations à témoigner et à dénoncer ces réseaux.

 

Actualisation:

Affaire Dutroux: il y avait d’autres caches

Je reviens brièvement sur l’affaire Dutroux, pour laquelle les dossiers bis concernant le réseau vont arriver à prescription.

Il faut savoir que d’après la version officielle, Dutroux, Martin et Leliève étaient des “prédateurs isolés”, et Nihoul n’est tombé que pour avoir fourni de l’ecstazy à Lelièvre, sans aucune raison.

Il n’y a pas de réseau, d’ailleurs les réseaux pédophiles n’existent pas en Belgique: depuis l’affaire Dutroux, plus aucun média ne parle de réseau pédophile, alors que c’était le cas avant.

Dutroux, c’est l’Outreau français, la tombe des enfants victimes.

Si Dutroux est un prédateur isolé, pourquoi y avait-il d’autres caches dans le réseau?

Par exemple le PV n°2721/96 du 26 septembre 1996 évoque une perquisition effectuée chez un certain Patrice Charbonnier à Courcelles, perquisition au cours de laquelle les policiers ont trouvé deux caches aménagées.

C’est dans une cavité de ce type qu’on a retrouvé in extremis Sabrina Daerdenne et Laetitia Delhez, deux des victimes de Dutroux, dans sa maison de Marcinelle.

 

Ledit Charbonnier était en taule pour avoir braqué un camion de convoyage de fonds à l’arme lourde, quand la perquisition a été effectuée.

On nous a dit que c’est le modèle de cache créé par Charbonnier qui a “inspiré Dutroux” (on notera aussi que pour Le Soir, deux caches deviennent une cache).

De fait, les deux se connaissaient depuis un bon moment, via divers trafics dans la région de Charleroi, suite à leur rencontre en prison en 1986 (Dutroux y était pour avoir enlevé et violé des adolescentes).

Et quid de cette autre cache, mentionnée par Michèle Martin lors d’une audition à propos de son grand ami Claude Thirault?

Thirault, nous explique Martin, lui a parlé d’une cache qu’aurait aménagé la “bande de Courcelles”, cela pour

” y dissimuler des filles, jeunes, avant de les expédier à l’étranger.

Je me souviens qu’il m’avait parlé du Maroc notamment comme pays destinataire.

Quand il a parlé de cette bande de Courcelles il m’a bien dit que son “chef” était un gros qui trafiquait aussi dans le trafic des voitures volées de grosse cylindrée “.

 

Accessoirement, Thirault était un indic de la police de Charleroi, dont certains éléments fricotaient de près avec le trafic de voiture, à l’instar de Georges Zicot, qui s’est aussi retrouvé dans l’enquête sur Dutroux.

D’ailleurs, c’est Thirault qui a averti les gendarmes que Dutroux avait aménagé une cache dans sa maison de Marcinelle pour “y loger des enfants en attente d’être expédiées à l’étranger“, ce qui a entraîné la découverte de Sabine et Laëtitia dans la cache.

Au sujet de Thirault, Dutroux a écrit dans une lettre à un avocat partie dans une autre affaire de jeune fille tuée, Laurence Mathues, que

“ce personnage a commencé par bénéficier des plus hautes protections judiciaires dans les juridictions du Hainaut.

C’est de cette façon que lui et ses très nombreux complices ont évité d’être condamnés pour les très nombreux vols connus, qu’ils ont commis dans les années 1990 à 1993, notamment”.

“En 1993, Thirault Claude s’était lui-même vanté, alors en présence de mon épouse et de moi-même, qu’il était utilisé par l’Allemand dans un réseau qui séquestrait des enfants à la corse, notamment dans un tunnel…

Informations qui ont initié les fouilles au charbonnage de Jumet (fouilles reprises ensuite à cause de Raemaekers et Cie).», ou encore:

«Qui est le blond venu avec mon épouse à Marcinelle?

Bref, tout concorde pour être interpellé par les activités et les complicités de Thirault Claude, y compris pour ce qui est arrivée à Laurence Mathues».

En gros: Dutroux accusait Thirault (y compris d’être très proche de sa femme Michèle Martin) et réciproquement.

 

L’ancien ministre

Il y a aussi tous ces témoignages (au moins une dizaine) à propose de l’ancien ministre Jean-Pierre G., ami de Di Rupo, et de ses sorties dans les boites de Liège, Mons ou Bruxelles, si possible homos.

Un témoin explique qu’il visait les jeunes (une quinzaine d’années) qu’il voulait avec un point rouge lumineux, et qu’on les lui amenait.

Un autre explique que le ministre “possédait un album photo avec toutes les personnes avec lesquelles il a eu des relations sexuelles“.

Un troisième parle d’une affaire de pédophilie concernant G. a été étouffée et qu’un jeune s’est suicidé “suite à cette affaire”.

Elle peut retrouver le nom du jeune.

Un autre encore évoque ses “protections”, ce qui n’a pas empêché G. de devoir démissionner en 1996 suite à des accusations de pédophilie.

Un autre témoin explique que l’un de ses amis a eu à faire il y a quelques années avec G. quand il avait 15 ans et fuguait régulièrement.

 

Au cours de ces fugues il faisait des conneries, et pour les faire oublier « il lui suffisait de passer deux nuits avec Mr G. et il n’était plus inquiété ».

Un autre témoin qui a appelé la ligne ouverte par le juge en charge de l’enquête au début (et qui a été viré parce qu’il risquait de faire son travail) a déclaré que G. l’a saoulé dans plusieurs bistrots de Liège et l’aurait ensuite violé.

G. se serait aussi rendu à plusieurs reprises au home Vert Bois pour aller y chercher des jeunes.

Autre témoignage: une femme qui faisait partie du monde politique et était alors pensionnée.

Elle disait avoir appris de source sûre que dans le centre de placement la “MOHINETTE” à Dolembreux, on venait chercher des enfants le soir et on les ramenait le lendemain matin dans la voiture de G.

La dame a dit cela à la gendarmerie, qui n’a rien fait.

Plusieurs témoins parlent de ses liens avec Nihoul, mais pensez-vous que les flics l’ont interrogé?

Bien-sûr que non.

G. a même été blanchi de toutes les accusations de pédophilie, qui, certes, faisaient tâche tant elles étaient persistantes et concordantes.

Pour cela, on s’est concentré sur deux témoignages qui dont leurs auteurs ont été décrédibilisés, une bonne vieille technique.

Et finalement, on a dit que tout cela n’était qu’une “effrayante machination” contre les deux ministres, dont l’un est aujourd’hui le premier ministre belge.

Di Rupo avait aussi été mis en cause à l’époque, ainsi que nous l’explique en 1996 le quotidien Libération:

“La demande de mise en accusation par la justice belge du vice-Premier ministre fédéral, Elio Di Rupo, et du ministre de l’Enseignement de la communauté francophone, Jean-Pierre Grafé, pour faits de pédophilie éveille désormais, dans une Belgique déjà déstabilisée par les scandales, le fantôme d’une crise de régime”.

 

Les contacts du bordel

Autre anecdote piquante qu’on trouve dans le dossier: la liste des appels reçus ou passés par un bordel fort connu à Bruxelles à l’époque, qui appartenait à la “madame Claude” belge.

Un bordel dans lequel, d’après un témoin, des mineures en fugue étaient violées, fréquenté par des politiques, des “stars”, des médecins, des avocats et magistrats…

La patronne envoyait aussi des filles chez le gratin.

Ainsi, on apprend que l’ONE (Office des naissances et de l’enfance), l’hôpital Erasme, les ambassades des Etats-Unis et du Maroc, l’APEPA (Association Pour l’Epanouissement des Personnes Autistes), de la FSC (Fédération des Scouts Catholiques), de l’Institut Royal des Sourds et Muets, de l’Adeps (Organisation de l’Etat qui s’occupe du développement du sport chez les jeunes)… font partie des contacts de ce bordel “hipe”, ainsi que le rappelait l’ancien policier Marc Toussaint.

La liste complète, de fait, des appelant de l’Institut Bizaar, est impressionnante:

Relevé des appels, qui ont été limité à la région de BRUXELLES (sans raison) :

– Ministère de la DEFENSE

– Ministère de l’INTERIEUR

– Ministère des FINANCES

– Ministère de la Région BRUXELLES CAPITALE

– Ministère de la Communauté FLAMANDE

– Administration communale de MOLENBEEK

– Commission des AFFAIRES EUROPEENNES

– Parlement de l’UNION EUROPEENNE

– Ambassade des ETATS UNIS

– Ambassade du MAROC

– Ambassade de SAINT MARIN

–  Gendarmerie de BRUXELLES 1000

– Police de BRUXELLES 1000

– Et des avocats, médecins, un journaliste

– Des entreprises (RTBF, SNCB…)

– Association de Parents pour l’Epanouissement des Personnes Autistes (APEPA)

– Office de Naissance et de l’Enfance (ONE)

– Fédération des Scouts Catholiques (FSC)

–  ADEPS

– Protection de l’enfance et de la jeunesse de Flandre.

– Institut Royal pour Sourds et Aveugles (IRSA)

– IMP du Prince d’Orange.

 

Pourtant la gendarmerie a mis huit mois pour conclure qu’il n’y avait dans ces listings aucune ” élément exploitable “, et on a limité la recherche des appels à la zone de Bruxelles.

L’institut Bizaar était financé entre autres par Patrick Haemers, braqueur soupçonné d’avoir participé aux tueries du Brabant et qui est mort en prison en 1993, par suicide paraît-il.

Comme son père, il a trainé dans les mêmes boites à partouzes qui Nihoul et le gratin habituel.

En dehors de cela, plusieurs personnes gravitant dans le milieu pédocriminel trainaient aussi à l’Intitut Bizaar, dont des proches de Phillipe Cryns, le parton du Mirano dans lequel des partouzes pédophiles avaient carrément lieu, comme on va le voir plus bas.

Cryns était aussi proche de Nihoul, mais le monde des partouzes bruxellois est, il est vrai, tout petit, et il allait chercher des mineurs qui se prostituaient à la place Fontainas à Bruxelles, pour les faire tapiner au Mirano.

L’un des témoins X de l’affaire Dutroux, qui avait commencé à être violé lorsqu’il était placé au home Vrij & Vrolijke, a dit que Cryns le prostituait au Mirano alors qu’il était encore mineur.

Au sujet du témoignage de VM1 (Tino), Marc Toussaint écrit:

“Tino a été placé dans des homes de l’O.N.E. par le juge de la jeunesse Blondeel lorsqu’il avait neuf ans.

Il a d’abord résidé dans un établissement de Mont-Saint-Guibert, et ensuite dans un autre à Braschaat.

Il raconte que le directeur de ces homes venait le chercher pour l’emmener dans de grosses villas isolées où il était, avec d’autres enfants, victime d’abus sexuels lors de partouzes.

Il dit avoir assisté à des viols, en avoir été lui-même victime, avoir vu des actes de mutilation et de torture sur des enfants, et avoir assisté à la mise à mort de certaines victimes”.

En 1985, Cryns a créé la SA Parc Savoy, avec de grandes pointures du secteur immobilier et de l’entourage direct de l’ancien premier ministre Paul Vanden Boeynants, cité comme un tortionnaire par plusieurs témoins de l’affaire Dutroux.

Parmi eux, Charly De Pauw, affairiste notoire et accusé d’être un pédophile par plusieurs témoins lui aussi.

Il est apparu que cette société, qui avait pour but d’exploiter des bars et des restaurants et d’organiser ” des réunions culturelles et sociales “, était liée au très influent Cercle des Nations.

Ce club privé comptait parmi ses quatre-vingt-un membres fondateurs de nombreux nobles, hommes d’affaires, banquiers, diplomates et politiciens, dont certains noms sont cités par les témoins X.

 

Quelques documents intéressants:

Audition de Marcel Vervloesem en avril 2001 : Sur la crèche d’Amsterdam transformée en studio de “bébé porno”.

Et comme par hasard, dans la même rue mais au n°47 au lieu du n°111, rue Admiraal de Ruyterweg, 10 ans après, on a trouvé cette affaire de bébés violés et filmés à la crèche.

Certes, seul un employé de ces crèches a porté le chapeau, mais tout de même.

Plusieurs crèches auraient été touchées, du coup, et 64 bébés.

Le document évoque aussi la présence probable de Dutroux dans un bar sado maso d’Amsterdam tenu par un ancien GI.

 

Vervloesem parle aussi d’un certain Ronald Janssen, qui a fait la Une des médias en 2010, après qu’il ait massacré un couple de jeunes voisins, après avoir torturé et tué une ado de 18 ans en 2007.

Il est aussi soupçonné d’une vingtaine de viols, mais n’a avoué que cinq, commis entre 2001 et 2010.

On a aussi rouvert un vieux dossier de disparition d’enfants, datant de 1994, lors de l’enquête sur Janssen (celui de Kim et Ken Heyrman).

Janssen était “considéré par beaucoup comme un instituteur modèle, un homme jovial, sincère et responsable“, nous dit le média belge 7 sur 7.

Janssen passe pour un tueur en série psychopathe.

Et isolé, bien sûr.

Vervloesem disait justement que Janssen apparaissait sur des photos figurant sur les fameux fichiers Zandvoort.

 

La déclaration fracassante de Nihoul: il a été piégé à table par un journaliste qui a enregistré la conversation.

 

Il y parle du “frère du Roi”, qui n’est autre que le roi actuel.

Sur d’autres enfants trafiqués par Lelièvre et Nihoul, le complice de Dutroux.

 

On notera que Carlo Todarello a aussi été mêlé à l’enquête sur l’assassinat du ministre André Cools en juillet 1991.

Ses déclarations en tant que co accusé ont beaucoup orienté les recherches de la Justice.

Bien sûr, Todarello s’est dit complètement surpris de cet assassinat, pour lequel il a quand-même pris 5 ans prison.

—————————

Ce ne sont ici que quelques éléments qui posent question, parmi une masse d’éléments troublants, qui tous contredisent la théorie du “prédateur isolé”.

Un bon résumé de l’affaire Dutroux, qui montre à quel point on a massacré la vérité et les victimes dans cette affaire, est trouvable ici.

Mais, je reviendrai vite sur cette affaire car contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle est loin d’être finie et le réseau existe toujours, prompt à ruiner les victimes qui pourraient parler.

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Belgique: une affaire étouffée liée au réseau Dutroux

Revenons un peu sur une affaire connexe à l’affaire Dutroux.

Une histoire d’enfant enlevée et morte dans une malle, quelque part à Bruxelles, en 1992.

Une histoire étouffée comme il se doit, pour la simple et bonne raison qu’elle risquait de mouiller le gratin.

Là aussi, de nombreuses questions restent en suspens, et l’acharnement qui a été mis à ne pas investiguer convenablement ce dossier est impressionnant.

Le 5 août 1992, la petite Loubna Benaïssa, 9 ans, est enlevée pas loin de chez elle, alors qu’elle circulait rue Wéry à Bruxelles.

C’est un quartier du centre-ville où on trouvait à l’époque une boite échangiste appelée le Dolo, et dans laquelle se retrouvaient des types comme Michel Nihoul, Marc Dutroux, des membres de la bande de Patrick Haemers, quelques politiciens, des flics, des magistrats…

 

Ratés de l’enquête

C’est seulement en mars 1997 qu’on finit par trouver le corps de Loubna dans une malle, dans la cave de la station Q8.

Une station essence exploitée par le père Derochette, où travaillent ses fils Patrick et Thierry, au deuxième étage de laquelle se trouvait un bordel.

L’un des fils, Patrick, avait déjà été condamné en 1984 pour des faits de pédophilie : un employé de la station l’a surpris alors qu’il se trouvait dans la cave en compagnie d’un jeune garçon, nu et effrayé, une barre de fer à la main.

La victime a du rester huit jours à l’hôpital. Le jeune homme qui a trouvé Derochette dans la cave avec les enfants a déclaré qu’il était “prêt à tout pour s’en sortir”, et qu’il aurait probablement tué ses victimes pour ne pas être pris.

Ce n’était pas le première fois que Derochette passait à l’acte : à 18 ans à peine, il a commis son premier « attentat à la pudeur avec violences et menaces » dans la cave de la station service sur un gamin de 12 ans, puis l’année suivante, en 1983, il remet ça avec un autre garçon, de 9 ans.

Il n’est pas inquiété outre mesure, et recommence en février 1984, et frappe carrément l’enfant à coups de barre de fer.

Mais bizarrement, au lieu de faire 20 ans de prison, il a été déclaré “psychopathe dangereux”, et interné en hôpital psychiatrique durant 50 jours avant qu’on estime qu’il était guéri [1].

Toutes ces affaires avaient été instruites par le même juge, Dominique De Wolf.

Quand on retrouve le corps de Loubna dans sa cave, pareil : on décide finalement, après moult péripéties, qu’il est ” irresponsable” et doit être interné, mais cette fois-ci il est parti pour un internement sur une très longue durée.

On a appris lors de l’affaire Dutroux, que Dutroux et Nihoul venaient prendre de l’essence à la station Q8 tenue par le père de Derochette, et qui se trouvait par loin du Dolo, le club à partouzes dans lequel on retrouvait un bon paquet de protagonistes de l’affaire Dutroux.

Pourtant, Patrick Derochette nie les avoir jamais vus.

Mais, il n’y a aucun lien entre eux bien-sûr.

Derochette et Dutroux ont aussi fréquenté la même piscine, le Poséidon.

“L’enquête a été négligée dès le début.

Aucun juge d’instruction n’a été nommé et le parquet de Bruxelles a attendu six jours avant de s’intéresser à l’affaire.

La police d’Ixelles a suivi trois pistes, dont celle menant à Patrick Derochette.

L’homme, mécanicien et pompiste dans la station-service de ses parents, avait été reconnu coupable de faits de mœurs sur des garçons mineurs en 1984, et brièvement interné.

Mais il avait fourni un alibi aux enquêteurs”, nous explique le journal 7 sur 7 du 3 août 2012.

En effet, au départ la disparition de la fillette de 9 ans a été considérée comme une fugue, si bien que les recherches n’ont commencé qu’au bout de six jours, alors qu’elle était déjà morte, nous dit-on dans la version officielle.

Si on avait dès le départ utilisé des chiens pisteurs, ils auraient retrouvé la petite fille vivante.

 

Dès 1992, un policier bruxellois a reçu une information selon laquelle on retrouverait le corps de la petite dans la cave d’un immeuble de la rue de Wéry.

Pas d’enquête à ce sujet.

Apparemment, la police de Bruxelles a fait pression pour que l’on ne fouille pas trop autour de la station service.

Le jour de l’enlèvement de Loubna, alors qu’elle passait dans la rue juste en face de la station essence Q8, une voisine a entendu crier depuis l’immeuble désaffecté longeant le trottoir.

Les cris étaient ceux d’une fillette qui répétait « Non je ne veux pas ! ».

Tout cela se passe juste en face du domicile d’un pédophile connu, qui a été attrapé pour plusieurs viols par le passé, mais comme Derochette a un alibi fourni par son frère qu’on ne vérifie pas, on n’approfondit pas cette piste.

En plus de cela, les dossiers concernant Derochette ont disparu du palais de justice de Bruxelles, parce qu’il est inscrit au nom de « Debrochette ».

Le 18 août 1992, soit 13 jours après l’enlèvement, une copine de classe de Loubna la voit dans un une Golf noire immatriculée FKE -080.

Dans la version officielle, Loubna est morte dans la malle où Derochette l’a laissée, après 2 ou 3 jours sans boire et sans manger [2].

Il se trouve qu’un membre de la famille de Derochette possédait une Golf verte immatriculée FHE-080, et il est très possible que les plaques aient été échangées pour transporter la fillette.

En tout cas, la version officielle, comme pour les petites Julie et Mélissa, victimes de Dutroux, nous dit que Loubna n’a jamais quitté la cave de la station service : elle serait restée dans la malle en acier et y serait morte de soif ou d’asphyxie dans les trois jours suivants.

Si on admet que Loubna a été baladée, notamment le 18 août, cela veut dire qu’elle n’est pas morte à la date que l’on nous a donnée, et cela veut aussi dire qu’elle a été amenée ailleurs : dans quel but Derochette aurait-il pris le risque de se déplacer avec une fillette recherchée dans toute la capitale ?

En 1997, c’est toutefois grâce à cette plaque qu’un enquêteur perspicace a remonté la piste de Derochette.

 

Le 4 octobre 1996, des perquisitions sont effectuées à la station service Q8 de la rue Wéry, mais les policiers ne vont pas dans la cave, où, pourtant, trois faits de pédophilie s’étaient déjà déroulés.

Cela rappelle un peu trop les perquisitions effectuées chez Dutroux alors que Julie et Mélissa étaient encore vivantes dans la cave, pourtant on ne les avait pas trouvées.

La perquisition à la station service avait été effectuée à la demande du parquet de Neufchâteau qui avait eu des informations selon lesquelles Derochette était en cheville avec Dutroux et Nihoul.

Pourtant, le parquet avait demandé de trouver tous les éléments se rapportant à d’éventuelles disparitions d’enfants.

Au total, les flics sont restés sur place 40 minutes [3] !

On a aussi appris, plus tard, que les parents de Patrick Derochette étaient parfaitement au courant que le corps d’un enfant se trouvait dans leur cave (ils lui avaient même demandé de virer la malle qui sentait mauvais), mais bizarrement ils n’ont pas été inquiétés pour cela.

Le parquet de Neufchâteau qui instruisait le dossier concernant la disparition de Loubna au départ a été vite dessaisi au profit du tribunal de Bruxelles, car, soi-disant, aucun lien n’avait été établi avec l’affaire Dutroux, dont Neufchâteau était chargé.

Ceci, alors que certains témoins n’avaient confiance que dans le tribunal de Neufchâteau, et dans le procureur Bourlet.

Très vite, la justice s’est orientée vers une inculpation de Derochette pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

On a vite décidé aussi qu’il était irresponsable de ses actes au moment où il a enlevé la fillette, ce qui était bien pratique pour éviter une instruction et un procès.

Derochette a aussi tenté d’assassiner plusieurs fois des membres de sa famille, par exemple en sabotant les freins de leurs véhicules, sans qu’il ne soit inquiété pour cela.

 

Les coloniaux

A Bruxelles, dans les années 60, de nombreux coloniaux sont revenus du Congo.

L’un de leurs QG était le club Le Stanley, dans lequel se déroulaient des partouzes.

Ce club était fréquenté par des politiques plutôt très à droite, des flics, des barbouzes, des criminels, des juges, et beaucoup de belges revenus du Congo…

Le patron, un certain Marcel Hofmans, cadre chez IBM [4], cherchait tout particulièrement à attirer des gens friqués dans son établissement.

Après deux ou trois partouzes, surtout si des mineurs étaient présents, ces gens étaient lui mangeaient dans la main.

L’avocate de Nihoul a travaillé au bar du Stanley quand elle était encore étudiante.

Selon un témoin, le père de Derochette, ancien colonial, traînait aussi au Stanley, tout comme le père de Dutroux, ou le père de Patrick Haemers, qui sont également des anciens coloniaux…

Patrick Haemers est ce braqueur très proche de l’extrême droite et des réseaux Gladio, et donc également très proche de l’affaire des tueries du Brabant.

A l’époque, dans les années 80, la Belgique traversait, comme la France, l’Allemagne ou l’Italie, ce qu’on a appelé des “années de plomb”, avec des attentats perpétrés par des groupsucules d’extrême droite liés aux réseaux de l’OTAN, mais très souvent attribués à l’extrême gauche.

Les tueries du Brabant ont été deux vagues de fusillades dans des supermarchés et autres lieux publics de la région bruxelloise, au cours desquels de petits mafieux aussi bien que des passants ont été massacrés, sans que la justice ne trouve les coupables.

Beaucoup pensent qu’il s’agissait d’une opération de déstabilisation menée par l’OTAN.

 

On sait en tout cas aujourd’hui que l’enquête sur ces attentats a été manipulée à plusieurs reprises, et que des protections des réseaux d’extrême droite ont été à l’œuvre.

C’est donc un peu ce milieu qui gravitait autour du Stanley.

Le Stanley a ouvert en 1969 et fermé au début des années 70, mais la clientèle s’est transférée ensuite dans un autre établissement, puis au Dolo, pas loin de la station Q8.

Le dénommé Hofmans faisait venir par avion privé  des cassettes vidéos pornos depuis la Suisse.

Un jour, l’avions s’est écrasé pas loin de Namur avec les cassettes.

“La police est intervenue, et tout le matériel pornographique a été saisi.

Le soir, Hofmans était cependant en possession de toutes les copies des films, grâce à l’intervention de personnes probablement importantes du milieu judiciaire de Namur”,

explique un témoin qui s’est rendu au Stanley depuis son ouverture, lors de son audition par la police, en 1996.

Lors des partouzes, Hofmans faisait venir des prostituées, Noires et Blanches, âgées de 16 à 20 ans.

Il se disait protégé par la police de Bruxelles.

Le club a ensuite déménagé en 1972, puis s’est retrouvé à Etterbeek, un quartier de l’est Bruxelles.

Ce témoin explique aussi qu’à l’époque, Hofmans, Nihoul et Dutroux vivaient à Etterbeek.

Un autre témoin, portier dans une boite de nuit fréquentée par la clique du Dolo, a déclaré que Derochette, mais aussi Dutroux étaient clients de cette boite, le New Inn.

 

Liens avec l’affaire Van Hees

Christine Van Hees est une adolescente bruxelloise de 16 ans tuée en 1984 dans des circonstances qui, officiellement, ne sont pas élucidées.

Après des années entre fausses pistes et stagnation, l’affaire a été prescrite cette année.

C’est ce qu’on a appelé “le meurtre de la champignonnière”, car c’est dans les caves d’une ancienne champignonnière en plein Bruxelles et pas loin du tout de la station de Derochette, que l’on a retrouvé le corps carbonisé de la jeune Christine van Hees.

Pendant longtemps, la justice s’est acharnée à vouloir impliquer une bande de punks dans ce meurtre, en vain.

Et cela, alors qu’en 1996, un des témoins X de l’affaire Dutroux, Regina Louf, a expliqué dans le détail comment s’est déroulé ce meurtre, et qui l’a commis.

Mais, malgré tous les recoupements et vérifications effectués, la justice a déclaré que Regina Louf était folle et que son témoignage devait être écarté.

Or, une amie de Christine Van Hees, Fabienne Kirby, avait fait un témoignage concordant avec celui de Régina Louf.

Elle a expliqué qu’avant sa mort, Christine traînait avec des gens louches amateurs de partouzes.

Elle a ajouté que Christine savait que si elle parlait de ce groupe, on l’aurait tuée.

Kirby a aussi remarqué qu’au fil du temps, Christine allait moins bien, qu’elle perdait du poids, qu’elle avait des marques de cigarettes sur les bras…

Par les circonstances du hasard, il se trouve que Fabienne Kirby était aussi la petite amie d’un cousin de Derochette.

Des liens existent, en tout cas, entre Christine Van Hees et les réseaux de mercenaires proches de l’OTAN.

Moult étrangetés sont apparues dans ce dossier, tout comme dans l’affaire Dutroux ou l’affaire Derochette d’ailleurs.

Par exemple, le juge Van Espen, longtemps chargé du dossier, était aussi l’avocat d’Annie Bouty, compagne de Nihoul, ce qu’il a nié devant la presse.

Van Espen, notamment, a passé énormément de temps sur la piste des punks, qui trainaient dans le quartier et auraient assassiné l’adolescente.

 

Les autres meurtres

A l’époque, certains ont souligné l’existence de plusieurs meurtres ou disparitions d’enfants aux abords de la station Q8.

Un certain Alain Fauvage, qui a été bien introduit dans le milieu bruxellois, et qui a travaillé à ladite station Q8, compte 5 à 6 meurtres près de chez Derochette.

Parmi ces disparitions, il y a celle d’un jeune homme, qui habitait pas loin de chez Derochette et qui lui avait tapé dans l’œil, un certain Conrad Bosmans [5], dont on voit toujours l’avis de recherche sur le site de la police fédérale.

La mère de Conrad Bosmans, disparu en 1988, a déclaré qu’elle avait reconnu le jean que portait son fils parmi les nombreux vêtements retrouvés dans les maisons de Dutroux.

Mais un des complices de Dutroux, le toxico Michel Lelièvre, dit qu’en fait c’était son jean à lui.

Bien-sûr, on s’est gardé de faire les vérifications nécessaires pour savoir si ce jean était bien celui de Conrad Bosmans.

Il y avait aussi la petite Hanim Mazibas, enlevée en mars 1988 à la fête foraine de Schaerbeek, dans le nord de Bruxelles.

Un mois plus tard, une rançon de 1 million de Francs Belges (25.000 euros) a été réclamée à cette famille qui n’avait pas d’argent [6].

Le 5 avril, on retrouve son corps dans le canal, les pieds dans  des blocs de béton, juste derrière le dépôt de la station Q8 où personne n’a été fouillé à l’époque alors que l’endroit où a été retrouvé le corps était inaccessible en voiture, et qu’il était très probable qu’on l’ait jeté depuis les abords de ladite station.

L’autopsie a dit qu’elle n’avait pas subi de violences sexuelles (ce dont on peut douter quand un corps est repêché après un mois dans l’eau), et n’a pas permis de définir les causes de la mort.

 

L’enquête a été entachée de disputes au sein de la police, et finalement les suspects ont été relâchés et l’affaire a été classée sans suite.

Finalement, c’est la justice turque qui a mené des investigations, interrogeant les gens présents lors de l’enlèvement.

Mais la police belge n’avait pas voulu aider les turcs.

Les flics belges ont aussi fait la même chose que pour l’affaire Dutroux : une “relecture” du dossier qui a permis d’écarter tous les éléments gênants menant à la piste des réseaux pédophiles.

En l’occurrence, ils avaient conclu que l’affaire Mazibas n’avait rien à voir avec l’affaire Dutroux. Car, c’est bien connu : Dutroux est un prédateur isolé.

En 1985-1990, plusieurs enfants ont disparu de ce quartier où vivaient  de nombreux émigrés turcs.

Régina Louf, le témoin X1 [7] de l’affaire Dutroux, a évoqué un meurtre qui pourrait être celui d’Hanim Mazibas.

Parmi les clients fidèles de la station service des Derochette, il y avait un baron qui a été arrêté pour des actes pédophiles commis entre 1985 et 1991.

Hugues de Menten de Horne était un amateur de belles voitures, entretenues par les Derochette.

Le baron avait été dénoncé par une jeune femme de 19 ans, qui, entre 1985 et 1991, avait été violée par le suspect.

Elle était âgée de 8 ans lorsque les faits ont commencé, et elle en avait 14 quand les faits ont pris fin.

On n’a plus jamais entendu parler de cette histoire après l’arrestation.

Chez Derochette, on a aussi retrouvé des objets ayant appartenu à des enfants, notamment une tétine, alors qu’aucun enfant ne se promenait là.

Là non plus, aucune investigation poussée n’a été ordonnée.

On constate aussi que, comme avec l’affaire Dutroux, les policiers qui ont bien travaillé sur cette affaire, notamment celui qui a suivi la piste de la plaque d’immatriculation, ont été mis au placard pendant que leurs collègues qui ont planté l’affaire ont été gratifiés par des promotions.

Il se trouve aussi que certains policiers qui ont travaillé sur l’affaire Derochette ont du signer une clause de confidentialité à vie au sujet de cette affaire et de tout ce qui y est lié.

Il est donc très peu probable qu’on connaisse un jour tous les tenants et aboutissants du cas Derochette.

 

————————–

Il est évident que Derochette a été protégé depuis le début de ses actes pédophiles.

On a pu être surpris que Dutroux, après des viols avec séquestrations, ait été relâché bien avant la fin de sa peine, on s’étonne aussi des cinquante misérables jours d’internement de Derochette après plusieurs enlèvements d’enfants et agressions sexuelles.

Il est évident que si on a protégé Derochette, c’est surtout pour protéger ceux qui se trouvaient au-dessus de lui dans le réseau pédocriminel.

D’ailleurs, Derochette dit lui-même qu’il est heureux d’avoir été arrêté, et de ne plus pouvoir détruire des gamins.

S’il était resté en liberté, il y a fort à parier qu’il serait resté un homme de main du réseau, comme l’a été Dutroux.

Les mêmes personnalités que dans le dossier Dutroux sont citées, et les mêmes protections ont été à l’action.

 

[1] Cela a d’ailleurs posé question à l’un des experts auprès des tribunaux :

« La libération de Derochette me surprend.

Cet homme était à l’époque en tout cas un psychopathe pervers dangereux.

Je ne sais pas ce qui a joué.

Ce n’est pas du tout dans les habitudes de la commission de défense sociale d’agir à la légère ».

Cet expert s’étonne aussi que Derochette, exclusivement attiré par les garçons, se soit attaqué à Loubna Benaïssa ensuite.

[2] Il est encore impossible de dire quand est morte Loubna et surtout de quoi elle est morte.

Derochette avait commencé par dire qu’elle était morte parce qu’il l’avait poussée et qu’elle s’était cogné la tête, mais aucune trace n’a été repérée sur le crane de la petite fille.

La version officielle dit qu’elle est morte au bout de trois jours au maximum, dans la malle en acier, soit de soif, soit d’asphyxie.

[3] Les flics ont dit qu’on ne leur avait pas précisé ce qu’ils venaient chercher.

Ils auraient pu le demander avant d’y aller, mais de toute manière le motif était stipulé sur le mandat de perquisition signé par le juge.

Il s’agit donc de mauvaise foi.

[4] IBM à Bruxelles était un pied à terre de la CIA, qu’on retrouve aussi citée dans le dossier des tueries du Brabant.

[5] Il travaillait dans une station service concurrente un peu plus loin, et a été vu la dernière fois à quelques centaines de mètres de chez Derochette.

[6] L’auteur de cette lettre a  ensuite été disculpé de l’enlèvement.

[7] Les témoins de l’affaire Dutroux qui ont évoqué le réseau pédophile, des meurtres de jeunes filles et d’enfants, l’implication de magistrats, de flics, de la famille royale, ont été appelés X1, X2, X3 etc. afin de protéger leur anonymat.

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