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La scène se déroule au château des Tournelles, en mars 1997.
Alerté par des rumeurs d’abus sexuels sur les pensionnaires de ce centre pour mineurs difficiles, à Hautefeuille, en Seine-et-Marne, Pascal Vivet,chargé de l’enfance en danger au conseil général du 77, est invité à animer une réunion avec les cinquante jeunes garçons hébergés au château.
Thème : la prévention de la maltraitance. Une intervention brusquement interrompue.
Le directeur général des Tournelles, Robert Mégel, prend à partie l’assemblée:
-«Il faut que vous sachiez que quoi qu’il ait pu se passer entre vous et les gens qui s’occupent de vous, la relation qui existe est indestructible.»

Robert Mégel

Robert Mégel

Pascal Vivet ne sait pas encore que l’affaire ne fait que commencer.
Direction la cour d’assises, à Melun, où s’ouvre, huit ans après, le 23 novembre, le procès de Robert Mégel, accusé de viols et agressions sexuelles sur deux pensionnaires des Tournelles.

Quand éclate le scandale, les Tournelles font encore figure de référence.
Robert Mégel, un éducateur qui a gravi les échelons au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse, rattachée au ministère de la Justice, débarque dans ce château du XIXème à la fin des années 70.
Avec ses amis, avocat ou magistrat, il reprend les rênes de l’association qui gère les lieux. Et lance aux Tournelles une expérience inédite : la rééducation des mineurs par le luxe.
Le concept?
Proposer à des enfants et des ados sujets à des troubles du comportement (crises de violence…) et rejetés de toutes les autres structures, de vivre le grand rêve.
Les remettre dans le droit chemin au pays des merveilles.
Rien n’est trop beau: voyages dans les hôtels les plus chics du Maroc ou des Etats-Unis, sorties dans les grands restaurants parisiens, distribution de montres et de parfums de valeur.
Un soir, par exemple, les enfants décollent d’Orly pour aller dîner à Cannes, et rentrent dès le lendemain matin…
«La philosophie, c’était sortons-les de Sarcelles et amenons-les à Manhattan», résume Pascal Vivet.

L’institut se vante d’avoir la caution morale de Françoise Dolto.
Et le carnet d’adresses impressionnant de Robert Mégel, décrit comme
«un charmeur et un parleur extraordinaire», lui assure de prestigieux soutiens.

Au conseil d’administration de l’association des Tournelles siègent des hauts fonctionnaires et le gratin de la magistrature parisienne. Parmi eux : l’avocat Michel Peisse et le conseiller d’Etat Philippe Sauzay, ancien chef de cabinet du président Giscard d’Estaing.
Ou encore un président de chambre à la cour d’appel de Paris, et l’ancien patron du Palace.
Au château, les personnalités aussi se bousculent, comme Danièle Mitterrand ou Raïssa Gorbatchev.

Dans les années 80, sur le plateau de Michel Polac, les jeunes partagent la vedette avec Depardieu et Renaud. A «7 sur 7», ils débattent avec Robert Badinter.
«A l’institut des Tournelles, les 50 pensionnaires se préparent à découvrir le Maroc et si possible à interviewer Hassan II», rapporte la presse.

Les finances de ce train de vie royal?
Outre les allocations de la Caisse d’assurance maladie, l’institut récolte aussi les dons de généreux mécènes, dont le legs d’une vieille dame fortunée, et les cadeaux en nature (champagne, caviar) de sociétés privées.
Certaines participent d’ailleurs au financement du nouveau pensionnat, inauguré en 1995.
Un bâtiment de luxe couleur vert et acajou, construit juste derrière le château, sur les plans de l’architecte Jean-Michel Wilmotte.
Avec marbre au sol et restaurant panoramique au troisième étage.
Chacune des 26 chambres a été décorée par les soins d’une ambassade.
«Tout concourt enfin à donner à ces garçons les bases nécessaires à leur insertion lorsqu’ils quitteront l’institution», s’enthousiasme une revue du ministère de la Justice.
Presque impensable aujourd’hui, à l’heure où l’on débat de la hauteur des grillages dans les centres fermés.
Ce paradis cache-t-il un enfer?
Mai 1997 : Jérôme, l’un des jeunes pensionnaires des Tournelles, alors âgé de 16 ans, raconte aux policiers de Palaiseau qu’il a été victime d’abus sexuels et de viols entre janvier 1994 et août 1996 de la part du «big boss de l’internat».
Des attouchements pratiqués pendant deux ans, dit-il, dans les appartements du directeur où il était chargé d’apporter des plateaux-repas.
Mais aussi au cours d’un voyage à Marrakech.
Puis les viols, à partir de 1996.
En juin 1997, un deuxième élève des Tournelles, Heddy, confie à un psychiatre qu’il a dû lui aussi résister à des attouchements pendant son séjour au château.
Robert Mégel est interpellé en septembre et nie tout. Les accusations de Jérôme?
Un subterfuge pour ne pas répondre des vols dont le jeune homme était accusé.
Heddy ?
Une réaction à son exclusion des Tournelles.

L’enquête confirme cependant l’existence de la pratique des plateaux-repas délivrés au maître des lieux, qui reçoit les élèves en peignoir.
Elle démontre aussi la volonté de Robert Mégel de discréditer les accusations de Jérôme. Ainsi ces attestations visant à prouver que le jeune homme présentait de graves troubles psychologiques : l’analyse du disque dur de l’ordinateur des Tournelles a révélé qu’elles étaient antidatées.
Les enquêteurs font aussi remonter une poignée de témoignages d’anciens élèves de Mégel, soit aux Tournelles, soit à l’institut médico-pédagogique de Dammartin-sur-Tigeaux (77) où il enseignait auparavant, qui l’accusent d’attouchements ou de viols.
Tous tombent sous le coup de la prescription.

Mais peu à peu les secrets du château apparaissent au grand jour.
Il y a ce pensionnaire, dont Mégel reconnaît avoir été l’amant, certes après sa majorité.
Et cette étonnante soirée, racontée par un témoin, où des danseurs marocains nus font la nouba dans la chambre du dirlo.
Tout ça ne relève pas du viol mais ça crée un climat…
Mis en examen en septembre 1997, Mégel a été incarcéré cinq jours.

 «Robert Mégel a été relâché après cinq jours de détention, par décision du président de la chambre d’accusation, en vertu d’une mesure très rare : le référé-liberté», a précisé le journal La Vie, Autre – étrange – rareté : le contrôle judiciaire n’est pas laissé à la disposition du juge, comme le veut la coutume, mais à la chambre d’accusation.
“Il a été réduit à sa plus simple expression, note un policier. Mégel n’a même pas besoin d’aller pointer chez les gendarmes!
“Les policiers qui ont, semble-t-il, eu quelque mal à démarrer l’enquête, font d’étonnants constats : l’expert informaticien de la DRPJ a ainsi découvert qu’un psychiatre des Tournelles n’a pas hésité à signer de faux documents
»

L’ancien directeur du centre pour jeunes inadaptés des Tournelles a été condamné le vendredi 12 mai 2006 à 12 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises d’appel de Paris.
Il était accusé de viols et d’agressions sexuelles par deux anciens pensionnaires.

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