30
MAR
2019

Ajaccio | Joseph Cassar condamné à 19 ans de prison par la cour d’assises de Corse-du-sud

L’homme de 75 ans comparaissait devant la cour d’assises de Corse-du-sud pour viol et agression sexuelle sur 5 mineurs au moment des faits, qu’il hébergeait en tant que famille d’accueil. Il a été condamné à 19 ans de réclusion criminelle, dont la moitié en peine de sûreté.

Le verdict a été prononcé à 14h30 ce vendredi 29 mars : à la majorité, le jury a condamné Joseph Cassar à 19 ans de prison.

Une condamnation, assortie d’une peine de sûreté de 9 ans, qui va au-delà des réquisitions de l’avocate générale qui avait réclamé le matin 18 ans de réclusion sans peine de sûreté.

Au prononcé de ce verdict, victimes et représentants des parties civiles ont semblé soulagés.

Des victimes qui dans la matinée, avaient tour à tour quitté la salle d’audience alors que la défense, dans sa plaidoirie, mettait en cause la véracité de leurs déclarations.

Joseph Cassar, qui la veille avait nié les faits de viols et agressions sexuelles sur les 5 mineurs qu’il hébergeait en tant que famille d’accueil lors de son interrogatoire, n’a pas réagi a l’énoncé de sa condamnation.
La défense, qui a 10 jours pour faire appel, a déclaré se laisser un délai de réflexion avant d’en décider.

Source : France 3

 

Le Procès :

Joseph Cassar, accusé de viols et d’agressions sexuelles, a encore une fois été confronté aux déclarations des parties civiles avant que sa famille ne s’exprime

Durant la matinée, la salle a retenu son souffle, difficilement ses larmes.

L’une des parties civiles de ce procès, Jean*, a témoigné devant la cour d’assises de Corse-du-Sud qui juge Joseph Cassar, 75 ans, pour des faits de viols et d’agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité.

Ce dernier était le père d’une famille d’accueil, sa femme ayant l’agrément.

En milieu de matinée, Jean a pris la parole.

Une épreuve pour ce jeune homme qui semble bouleversé avant même de s’exprimer.

Son témoignage, poignant, est ponctué par des sanglots, des tremblements.

“Il y a un truc que je trouve vraiment significatif, ce sont les similitudes entre les plaignants.

J’entends les autres personnes et je me vois à leur place.”
Il s’excuse auprès de la cour de devoir s’interrompre, submergé par l’émotion.

“C’est très très dur pour moi, j’ai toujours voulu cacher cela.

Je ne m’attendais pas à ce que ça ressorte, mais ça m’a rattrapé.

Et voilà, je suis là.

J’ai voulu mettre ça de côté”, explique-t-il en essuyant quelques larmes.

Jean a dénoncé ces faits seulement lorsqu’il a été convoqué dans le cadre de cette enquête.

“J’étais passé chez les Cassar en 1997.

Un soir, je me suis retrouvé avec son sexe dans la bouche, il me faisait un signe de la main en me disant chut.

Je n’ai plus voulu rester là-bas, il me punissait, il me laissait en chaussettes et en slip dans la maison.

Quand je disais ça à ma mère, elle ne me croyait pas, pour elle, ce n’était pas possible.

Je me suis dit, elle ne va pas me croire pour le reste non plus.

Donc je me suis dit tais-toi”, relate, en prenant sur lui, Jean.

L’accusé secoue sa tête en signe de désapprobation.

À l’autre bout de la salle, Sophie, partie civile, est en larmes.

Alors qu’il reprend des forces, Jean confie à la cour :

“Dehors, personne ne le saura jamais et même si c’est très difficile d’en parler, ça soulage.

Je me sens coupable parce que j’étais trop petit pour dire non, tout simplement parce que ça m’est arrivé.

Je voulais que personne ne le sache.”

Les jurés tentent de cacher leur émotion, des mouchoirs circulent entre les chaises.

Maladroitement, le président Eric Emmanuelidis demande au plaignant s’il a été “tenté par le suicide”.

“J’ai pas toujours été bien dans ma vie”, répond finalement Jean.

Le frère et l’ami de Francisco Allard, qui a mis fin à ses jours après avoir déposé plainte pour viol et agressions sexuelles en 2012, ont témoigné afin de porter la voix de cette personne disparue.

“Il pleurait quand il en parlait.

Il parlait de masturbation et de fellation.

“Je devais lui faire des choses”, m’a-t-il dit.

Et puis il m’a raconté que les faits étaient devenus réguliers.

Il m’a dit que Joseph Cassar l’avait violé analement, mais que ça s’était passé une seule fois”, relate l’ami qui a fait le voyage depuis le Continent pour livrer ces quelques mots.

“Vous pensez qu’il s’est suicidé pour ça ?”, interroge le président.

“J’en ai la certitude.

Avant de se suicider, il avait fait une tentative et la personne qui l’en a dissuadé a dit qu’il lui avait parlé de son viol”, poursuit le témoin.

“Il en avait marre de penser à ça”, insiste le frère de Francisco Allard, partie civile.

“Je veux qu’il aille en prison pour longtemps, je veux qu’il paie”, lâche-t-il.

Le cas d’un cinquième plaignant a également été évoqué.

Ce dernier, François*, est “déficient mental”.

Il a tout d’abord dénoncé des faits d’agressions sexuelles et de viol avant de se rétracter sur le dernier fait.

Il a par ailleurs été mis en cause pour avoir commis des faits d’agression sexuelle sur un proche de la famille Cassar.

Son conseil, Me Jean-François Vesperini, rappelle, au cours des débats, que cette dernière a continué d’accueillir François durant cinq ans après ces faits.

“C’est un menteur, c’est un grand menteur”, avance Joseph Cassar en soufflant.

“Il était attaché à Madame Cassar et sous l’emprise de M. Cassar.

Il était impressionné et on pouvait facilement le manipuler vu sa fragilité”, témoigne son éducatrice.

À la suite de ces témoignages, les proches de Joseph Cassar sont venus défendre ce père, ce grand-père et ce père de famille d’accueil.

Un enfant passé dans cette famille s’avance à la barre.

Avec un tantinet d’arrogance, il explique naturellement qu’il avait dit à M. Cassar, qu’il “aimait bien”, “de ne pas être trop tactile”.

S’il a encore une chose à ajouter ?

Oui, mais directement à l’attention de l’accusé :

“Si t’as fait une connerie, assume-la.

Si t’as rien fait, tant mieux”.

L’un des petits-enfants de Joseph Cassar prend par la suite la parole :

“C’est toute ma famille, c’est mon grand-père, il m’a élevé, j’ai toujours vécu avec eux, la plupart des enfants je les connais.

J’essaie de me construire, mais tout le monde sait qui on est à cause d’eux, ils ont sali notre nom.

S’il était coupable, si on avait un doute, on ne le défendrait pas de la même façon, il est incapable de faire ça”, confie-t-il alors qu’il tente d’étouffer ses sanglots.

Sa mère, la fille de Joseph Cassar, est tout aussi catégorique :

“Je ne le défendrais pas si je pensais qu’il avait pu faire ça.

On ne touche pas aux enfants.

Je suis là car je sais qu’il est innocent.”

Elle poursuit sa déposition en livrant son sentiment à la cour au sujet de François.

“Je suis écœurée qu’il accuse mon père alors qu’il a lui-même touché des enfants.

Pour les autres, personne ne voulait quitter la famille, ils voulaient tous rester.

Et maintenant, j’entends que mon père rentrait dans la chambre des enfants.

D’autres enfants disent totalement autre chose d’ailleurs.

Avec tous les enfants qui sont passés, un pédophile, il fait plus de victimes que ça…”, analyse-t-elle.

“Je pense qu’ils mentent, soit pour de l’argent, soit pour autre chose, mais je ne sais pas ce qu’ils ont dans la tête”, conclut-elle.

Plusieurs experts devraient témoigner avant que ne démarrent les plaidoiries de la partie civile.

Les prénoms ont été modifiés.

Source : Corse Matin

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