Mise à jour du 24/11/2017 : Marc de Villers Granchamps a été condamné à 8 ans de prison ferme : Le Soir

Dix ans de prison requis, hier, contre un homme de 84 ans pour des tortures, viols et atteintes sexuelles commis sur des ados.

Marc de Villers Granchamps fait ses 84 ans.

Il déplace sa grande carcasse avec peine, à l’aide d’une canne.

Pendant plusieurs minutes, à la fin de son procès, il a demandé pardon, affirmé être “profondément conscient du mal” qu’il a causé.

À quelques mètres de lui, la dizaine de victimes reconnues l’écoute silencieusement.

C’est la fin d’une histoire longue de plusieurs décennies, qui a détruit la vie de plusieurs adolescents devenus des hommes.

Hier, Marc de Villers Grandchamps, riche châtelain et rentier issu de l’aristocratie, a vu la substitut du procureur du Roi Marjorie Culot requérir une peine de 10 ans de prison ferme à son encontre pour des viols, des atteintes sexuelles, des coups et blessures et des actes de torture effectués sur des adolescents, pendant une période infractionnelle allant de 1996 à 2013.

D’autres victimes ont également dénoncé des faits dans les années 1980.

Mais ceux-ci ont été déclarés prescrits.

Et la principale question venue à l’esprit des personnes assistant au procès est la suivante : comment, pendant tant d’années, ces choses-là ont-elles pu être tues ?

Les premiers faits ont été commis alors que le châtelain opérait chez les scouts marins.

Puis, grâce à son nom et à son entregent, il a obtenu la confiance de familles aisées qui ont proposé à leurs fils d’aller passer quelques week-ends sur son bateau.

Des groupes de jeunes adolescents partaient donc vers le Waddenzee, aux Pays-Bas.

Ils passaient par les cours d’eau, s’arrêtaient dans les petites îles.

C’est là qu’une partie des faits ont été commis.

Les autres l’ont été au sein de la Maison espagnole, son château de Godinne.

Pendant des années, les adolescents devaient participer à des “jeux” privilégiant un soi-disant “dépassement de soi”.

En vérité, il s’agissait de jeu du foulard, où l’auteur pressait la carotide de ses victimes, leur compressait les doigts ou le sternum.

Il lui arrivait aussi d’enfoncer ses doigts dans la gorge des adolescents ou de pincer leur langue, leur provoquant d’intenses douleurs.

Puis, il y a eu les manœuvres sexuelles, allant jusqu’au viol, dans l’intimité de la cabine du capitaine, à l’heure de la sieste.

Selon des victimes, il aurait menacé “de tuer” si elles révélaient les faits à leurs parents.

“Il profitait de ces jeux pour accroître son emprise qui lui permettait d’assouvir ses pulsions sexuelles.

Rien n’a été dit à cause de l’omerta, du tabou”, a indiqué Marjorie Culot, qui a évoqué des “techniques vicieuses”.

Les faits ont été dénoncés aux autorités en janvier 2014, après qu’une victime s’en est ouverte auprès de son thérapeute.

Privé de liberté, le châtelain a reconnu les faits, excepté les actes de torture.

Les avocats des parties civiles, Mes Réginald de Béco et Mélanie Bosmans, ont pointé des faits effarants aux conséquences dramatiques.

La seconde a qualifié M. de Villers Grandchamp de ” prédateur”.

L’avocate de l’octogénaire, Me Alexandra Tieleman, a fait valoir la prise de responsabilité de son client et demandé une peine de prison avec sursis probatoire “compte tenu de son grand âge”.

Jugement le 21 novembre.

Source : La Dernière Heure