20
DéC
2015

Silence, on tue des enfants

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Silence-on-tue-des-enfantsLe témoin X1, Régina Louf, née à Gand le 29 janvier 1969, a grandi à Knokke en Belgique.Durant les sévices, Régina reconnaît des politiciens, elle nomme des juges haut placés, des officiers de police et des hommes d’affaires. Les interrogations de Régina font resurgir des noms comme Paul Van den BoeynantsMaurice LippensMelchior WatheletWilfried Martens, des membres de la famille royale et différents autres.

Extrait du livre:

Pages 104-105

Poussée par la curiosité insatiable, j’observais soigneusement les mécanismes du réseau. Je voulais savoir qui étaient mes clients […], pourquoi ils étaient intégrés dans le groupe […] je voulais savoir à quoi je servais. Cela pouvait m’aider à survivre […] Si je comprenais pourquoi ils avaient besoin de moi, je pourrais me rendre indispensable. Je commençai à considérer la vie dans la jungle (c’est ainsi que j’appelais le réseau) comme un gigantesque jeu d’échecs. Je savais que si j’étais bonne joueuse, je pourrais parer leurs coups. La plupart des victimes étaient mauvaises joueuses. Combien de fois n’ai-je pas vu des enfants se faire torturer à mort, parce qu’ils n’avaient pas compris à temps que l’un des bourreaux n’était pas content, combien de fois n’ai-je pas vu les plus faibles mourir parce qu’ils n’avaient pas pu regarder à temps leur bourreau dans les yeux… Bien que je n’aie jamais joué aux échecs, je savais que c’était un jeu où la clairvoyance est d’une importance capitale.

Même si je connaissais la plupart des clients par leur nom, leur visage était imprimé dans ma mémoire. Il est bon de connaître ses ennemis. Lorsque je les revoyais, je faisais comme si je ne les connaissais pas. Mais en une fraction de seconde je pouvais faire le lien entre leur visage et une situation vécue. Par conséquent, j’étais préparée. Ceux que je connaissais par leur nom étaient les plus dangereux. Ils me considéraient comme un témoin et j’étais donc un danger potentiel pour eux. Avec eux, il était très important de jouer un rôle d’enfant ignorant […] Je les appelais “Meneer” […] ou par leur surnom, comme “Pépère”. Ils me demandaient régulièrement comment ils s’appelaient, mais chaque fois j’avais “oublié”. Ils appréciaient cela, même si certains savaient que ce n’était qu’un jeu, parce qu’ils étaient certains que je les protégerais.

Ce sont eux qui décidaient de l’intensité de ma douleur et du moment où elle s’arrêterait. Ils avaient le droit de vie et de mort, le droit de punir et de pardonner. Par conséquent, je les vénérais […] Ma vie dépendait complètement de leurs humeurs et je devais veiller à leur plaire dans les moindres détails. Je ne pouvais mieux m’adapter à eux qu’en les aimant sincèrement. Ma loyauté n’était pas feinte. Car ce dont j’étais certaine, c’est qu’ils seraient toujours là […] Cela en faisait des dieux.

En même temps, je m’étais rendue compte que les victimes qui n’arrivaient pas à établir un lien avec le noyau dur des clients étaient rapidement éliminées. J’avais de la chance. En tournant depuis des années, j’avais acquis un visage pour eux, et j’en tirais bénéfice maintenant […] Je savais ce qu’ils aimaient. Il était vraiment utile d’établir une alliance avec eux. C’est pourquoi je les embrassais toujours en entrant, même si je savais qu’ils allaient m’utiliser plus tard pour leurs jeux sado-maso. Je faisais chaque fois semblant d’avoir oublié ce qui s’était passé la dernière fois ou du moins comme si je leur avais pardonné. Je pensais que je méritais ces tortures, je pensais qu’ils avaient toujours et inconditionnellement raison. Car les dieux ne mentent jamais.
Page 107

Je connaissais ma valeur exprimées en argent. Mais Tony me racontait parfois que cela ne constituait qu’une partie de ma véritable valeur. Celle-ci s’inscrivait dans les contrats. En m’utilisant, certaines figures centrales pouvaient conclure des contrats avec lesquels ils gagnaient beaucoup d’argent et d’autres avantages. Les personnes avec qui ces contrats étaient passés n’avaient souvent pas d’autres choix. Ils étaient piégés.

Mich, Tony ou un autre du noyau dur, emmenaient leur proie au restaurant. ils bavardaient, mangeaient, buvaient […] Après le dessert et l’indispensable pousse-café, Tony avait soudain une “idée”. Il connaissait une chouette fête où ils pourraient passer. La plupart des proies fonçaient dans le piège les yeux fermés. Tony ou Mich les conduisait toujours, de telle sorte que l’invité ne puisse pas s’en aller seul. Ils se rendaient dans une villa, où l’invité était présenté […]. Après quelques verres, des jeunes filles de seize ou dis-sept ans arrivaient. La ou les proies étaient si entamées qu’elles ne voyaient aucune objection à prendre ces Lolita sur les genoux. Ces hommes étaient alors emmenés dans deschambres où nous, les filles de moins de seize ans, les attendions. Ils prenaient souvent peur – malgré l’alcool qui les abrutissaient – mais nous étions entraînées à leur faire franchir le pas. Nous étions d’ailleurs punies s’ils ne couchaient pas avec nous. Après l’acte, nous leur racontions qu’ils avaient été filmés. Ils le croyaient toujours. Les filles habituées comme moi savaient que c’était la plupart du temps du bluff, sauf pour les personnes réellement importantes

Page 191

En 1994 […] j’avais donné à Tania l’autorisation d’informer la gendarmerie de Gand au sujet des endroits où des enfants étaient encore abusés […] Les gendarmes ne voulurent même pas dresser de procès verbal, tandis qu’ils lui déclaraient froidement qu’ils connaissaient ces lieux et ces personnes et qu’ils savaient qu’il s’y passait des choses. Mais, dirent-ils en haussant les épaules, ils ne voulaient pas s’attirer des ennuis avec cette affaire. Patsy Sörensen de l’association Payoke (association anversoise de défense des prostituées) avait connu la même expérience : personne ne voulait l’écouter. Le fait que Conerotte et Bourlet aient retrouvé ces deux filles en vie (Sabine et Laetitia) et qu’ils aient réussi à arrêter des gens était un miracle en soi. Ils étaient peut-être les deux seules personnes en Belgique qui savaient faire la différence entre coupables et victimes

Page 294

La gendarmerie continue à pourchasser ceux qui se plaignent des dysfonctionnements dans mon enquête. De Baets, Bille (le gendarme qui dactylographiait les procès verbaux, avec qui je n’ai pas échangé deux mots) et quelques autres sont écartés de la BSR.

Page 293

Marc Reisinger découvre dans un livre au titre prédestiné “L’enquête manipulée” (écrit par un journaliste d’Au nom de la Loi) que mes auditions ont été manipulées sur des points cruciaux. Nous comparons, phrase à phrase et cela me glace. C’est angoissant de constater que “quelqu’un” a modifié les phrases de telle sorte que l’on croie que De Baets m’a soufflé mes réponses. Reisinger révèle cela au cours de l’émission télévisée “Controverses”. Il s’ensuit une perquisition, non chez le journaliste qui a publié le faux, mais chez Marc Reisinger, qui a eu le culot de les révéler


Genre: Témoignage
Thèmes: Réseaux, Victime
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