28
JUIN
2019

Cornier | Cinq ans de prison requis contre l’ancien directeur de l’école maternelle

Le parquet de Bonneville a requis cinq ans de prison (dont deux ferme) contre l’ancien directeur d’école maternelle accusé d’agressions sexuelles sur ses élèves. Pour ce dernier, ses avocats ont demandé la relaxe en dénonçant les conditions dans lesquelles ont été réalisées les auditions.

Le parquet de Bonneville a requis 5 ans de prison (dont deux fermes) contre l’ancien directeur de l’école maternelle de Cornier accusé d’agressions sexuelles sur 17 enfants de sa classe (âgés de 3 ans au moment des faits). A l’inverse, les avocats de l’ancien directeur ont demandé la relaxe arguant de l’imprécision des témoignages, de l’absence de preuves scientifiques et, surtout, des défauts des auditions réalisées par la gendarmerie.

A l’issue de cette deuxième audience, le tribunal a mis en délibéré son jugement. La décision sera rendue le 19 septembre.

La parole et l’émotion des parents

Comme il l’avait promis aux parents des victimes à l’ouverture du procès, le président Yann Jomier a ouvert cette dernière journée d’audience en leur donnant largement la parole. Il s’agissait alors de s’exprimer au-delà des seuls faits de l’enquête.

Plusieurs parents ont saisi l’occasion et se sont succédé à la barre dans un défilé très émouvant. Tous ont fait part d’un sentiment de culpabilité. S’adressant au directeur d’école, la maman de Nadine* explique :

« Les derniers mots que je vous ai dits, j’y repense avec rage : ce sont des excuses ! Je m’excusais pour Nadine qui ne vous avait pas dit bonjour ; je l’ai grondée devant vous, je l’ai forcée à s’excuser devant son bourreau. »

La mère d’Eric :

« Je me suis sentie manipulée par vous. »

Les parents qui se sont exprimés ont aussi insisté sur les traumatismes toujours existant chez leurs enfants et sur la peur suscitée par l’évocation de « maître Bruno » : « Mon fils me demande si les barreaux de la prison sont assez serrés pour ne pas qu’il s’échappe. »

Confronté à ces fortes paroles, l’accusé en est resté à sa version :

« Je ressens cette souffrance de tous les parents mais je n’ai jamais touché leurs enfants. »

« Intime conviction »

En ouverture de ses réquisitions, le procureur Jean-Yves Zordan a précisé d’emblée : «Dans ce dossier, il n’y a pas de preuve scientifique : pas de traces ADN, pas d’empreintes digitales. On ne peut que s’appuyer sur un faisceau d’éléments. Chacun de ces éléments pris isolément peut être considéré comme contestable mais c’est la réunion de ces éléments qui emporte l’intime conviction. »

Les avocats des 17 victimes se sont ensuite succédé pour présenter leurs conclusions : tous ont réclamé la condamnation de l’ancien directeur d’école. Reste que les propos plutôt décousus de ces très jeunes enfants durant leurs auditions n’ont pas permis de déterminer avec certitude les conditions dans lesquelles se seraient produits les actes d’agressions ou/et d’attouchements sexuels (dans quelle pièce ?, à quel moment de la journée ?).

Dans ce contexte, les avocats des parties civiles se sont appuyés sur les éléments du «faisceau » évoqué par le parquet.« Attendre des déclarations détaillées et spontanées de la part de si jeunes enfants est utopique », insiste maître Veron-Delor. Pour maître Pernollet, «il est vrai que les auditions ne sont pas irréprochables, je le concède à la défense. Mais il y a un faisceau d’éléments qui peut emporter votre conviction. Il y a eu des constats d’experts psychologues, notamment des dessins particulièrement éloquents. » Lors des expertises, plusieurs enfants ont, par exemple, dessiné leur maître doté d’un sexe quand les autres personnages dessinés n’étaient pas sexués. De quoi justifier les accusations d’exhibition sexuelle portées contre l’ancien directeur du point de vue de l’accusation.

« Un secret malsain »

Dans ce « faisceau », les avocats comptaient aussi les troubles du comportement qualifiés de post-traumatiques constatés chez plusieurs enfants : énurésie, cauchemars, comportement sexué trop marqué pour cet âge, perte de confiance. Autant de symptômes qui, selon les parents, ont disparu du jour où maître Bruno a quitté l’école.

Enfin, à l’image du procureur, les avocats ont insisté sur les éléments de personnalité recueillis concernant l’ancien directeur : « C’est quelqu’un qui n’a jamais répondu avec franchise. Il attendait d’être confronté à ses contradictions pour changer ses explications ; il analyse les questions avant de répondre et ne fait que des réponses calculées », note Jean-Yves Zordan. Et d’insister : « J’ai lu que les enfants avaient un secret. Mais je crois que vous aussi vous avez un secret ; un secret malsain. »

« Psychose générale »

« Ce dossier m’inspire un sentiment de colère », a lancé maître Delhay pour ouvrir sa plaidoirie de défense de « maître Bruno. » Comme les premières heures du procès le laissaient penser, les avocats de la défense ont orienté leur stratégie sur la dénonciation des conditions dans lesquelles ont été recueillis les témoignages des enfants. Pour la défense, il n’y a pas de doute : « Ces déclarations s’inscrivent dans un climat de psychose générale ; c’est un téléphone arabe géant qui a bien fonctionné. » Et de dénoncer : les affiches posées sur les murs de l’école ou le « cahier de doléances » ouverts par la gendarmerie pour recueillir les témoignages.

Un gendarme dans le viseur

C’est le travail d’un gendarme en particulier qui a concentré les critiques de la défense. Formé à intervenir auprès des enfants, Sophie D. a en effet recueilli une partie des témoignages des enfants dans cette affaire, s’attirant au passage la reconnaissance des parents.

Or, maître Cormier a fait les comptes pour son client : « Lorsque Sophie D. réalise la première audition, elle trouve tout de suite matière à accusation ; mais quand un de ses collègues reprend la deuxième audition, il ne trouve pas les mêmes éléments. Au contraire, quand un autre officier recueille la première audition il ne trouve pas d’accusations mais quand Sophie D. reprend, elle trouve. 97 % des dossiers traités par Sophie D. ont été renvoyés devant le tribunal. C’est troublant. »

Et de noter par ailleurs l’absence de plusieurs minutes d’audition dans les transcriptions réalisées par la gendarmerie ainsi que les propos parfois curieux de l’enquêtrice. Parfois, elle semble promettre une récompense, parfois menacer d’une punition. « Le discours des enfants a été induit par l’enquêtrice », insiste maître Cormier en détaillant les failles méthodologiques des auditions. Et de convoquer les mauvais souvenirs de l’affaire d’Outreau pour exiger la relaxe totale de son client. « On rassemble tous les éléments que l’on peut et on les met sur le dos du directeur. »

Reste que la défense ne s’est guère attardée pour avancer des explications quant aux troubles du comportement constatés chez les enfants, Maître Cormier se bornant à mettre en doute les rapports des experts psychologues en s’appuyant sur les failles des auditions.

Colère d’une partie des parents

Si l’ancien directeur d’école risquait jusqu’à 10 ans de prison, le procureur a été plutôt sobre en requérant quatre ans de prison (dont 2 avec sursis) à l’encontre de l’accusé. Des réquisitions qui ont provoqué un début de colère dans les familles des victimes :

« Deux ans de prison pour 17 enfants ! »,

s’indigne-t-on dans le public. Et une menace de mort de fuser en direction de « maître Bruno ».

Ce fut finalement l’un des rares incidents d’un procès pourtant fort en émotions. Ainsi, magistrats et avocats ont tous souligné « la dignité » avec laquelle les parents des victimes ont affronté l’épreuve.

Reste maintenant à patienter jusqu’à la décision du tribunal programmée pour le 19 septembre. En attendant, « maître Bruno » est laissé libre mais toujours sous contrôle judiciaire.

*les prénoms ont été modifiés

Source : lemessager.fr

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