25
FéV
2020

Draguignan | Deux cousines victimes d’inceste, racontent douze ans de calvaire judiciaire

Victimes d’inceste, les Gardoises Caroline Cviklinski, fille de l’accusé, et Jessika Cviklinski, la nièce, font appel aux assises de Draguignan, procès d’une durée inhabituellement long

 

Victimes d’inceste

 

«Il faut que la justice intervienne. On ne peut pas se sortir de ça tout seul.»

«Et pour ceux qui ont su, qui ont vu ou entendu d’autres enfants… Qui ont vu que tout ça était arrivé  … qu’ils ne croient pas qu’on peut vivre avec .»

 

Jessika Cviklinski, nièce de l’accusé, ainsi que son avocat Me Joanny Moulin ont accepté de témoigner de ce long combat dans un documentaire intitulé Une affaire de famille.

Réalisé par Michèle Bourgeot et diffusé sur la chaîne ViaOccitanie, cette interview tirée du documentaire ICI.

mot de passe : jessica

 

Quelles sont vos attentes avec cette nouvelle échéance judiciaire ?

Caroline : J’ai envie que le procès soit terminé et de passer à autre chose. Je veux construire ma vie présente et future, libérée et soulagée du poids de ce parcours. On a déjà été reconnues victimes et cela pose déjà beaucoup de choses. J’aimerais aussi que mes sœurs soient protégées, mais la fin du procès ne signifie pas leur protection.

Jessika : Je veux aussi que la justice soit rendue de manière juste et passer à autre chose. Je souhaite aussi que cela s’arrête pour mes enfants qui vivent avec cela depuis qu’ils sont nés. Le premier signalement au procureur date d’il y a vingt ans. Là, il faut que je les protège de l’état dans lequel la durée des choses me met.

Comment supporte-t-on une attente aussi longue ?

Caroline : C’est très difficile. J’ai failli mourir plusieurs fois. C’est une très grosse pression et cela laisse toujours un lien avec la famille, qui porte une certaine lâcheté, et avec l’agresseur. Cela ne pouvait pas être résolu dans un endroit clôs. Symboliquement, l’autorité de la justice c’est bien. Après, dans les faits, c’est trop long. La justice fait plus attention aux coupables qu’aux victimes.

Jessika : On se demande si cela va se finir. Quelqu’un m’a dit un jour “Tu peux arrêter si tu veux ?” Oui, bien sûr, mais cela a pris tant de place dans ma vie que cela m’a aussi transformée. À la fois, j’ai envie de passer à autre chose, mais je ne sais pas si je vais changer fondamentalement le cours de ma vie après ça.

En tout cas, j’aurai la tête libérée. Malgré tout, il va falloir tout raconter au procès et dans les plus petits détails. Et il n’est pas question de se tromper sur la taille d’un vêtement ou sa couleur. Donc, on est avec le besoin d’oublier, mais la justice, du fait que cela n’aboutit jamais, on ne peut pas, ni ne doit oublier… Ça c’est douloureux !

À force de ne jamais clore les choses, cela fait monter en moi une grande défiance vis-à-vis de la société dans laquelle je vis. Je suis en colère. Il faut que la loi soit appliquée sinon, cette justice qui doit être apaisante et réparatrice produit le contraire et perpétue le sentiment d’injustice.

Par le fait que la justice n’aboutit jamais, on ne peut pas, ni ne doit oublier. Ça, c’est douloureux !

Caroline : Mon enfance a été difficile, violente, et les années de procès, de mes 23 à 35 ans, sont des années où l’on se construit et la présence du procès a été constante. C’est un nouveau préjudice en dehors des faits vécus. Il y a une attente diffuse et il faut avancer avec toujours l’idée d’être rattrapée par cela.

J’ai le sentiment d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais je ne suis pas le coupable ! Avec Jessika, on a été dénigrées. Quand j’ai porté plainte, j’étais une gamine et je n’avais pas la notion de la justice.

Après le procès qui a été ajourné, j’ai décidé d’arrêter de sortir des montagnes d’énergie pour ce combat. Cette énergie, je voudrais la mettre ailleurs, même si je serai encore là dans quinze jours. J’ai besoin d’être aidée, car je ne veux plus aller trouver de l’énergie pour me battre.

Un procès qui vous oblige à interrompre votre activité professionnelle… Une cagnotte a été mise en ligne pour vous soutenir.

Caroline : Je suis en formation, en mars, et je ne vais pas pouvoir la suivre. J’apprends la langue des signes en lien avec ma licence en science du langage. Ce n’est pas un luxe de demander une aide financière. Nous n’avons pas les moyens.

Jessika : Les pauses à l’heure du déjeuner, une heure environ, sont les seuls moments où l’on peut discuter avec les avocats. Sur vingt jours, cela à un coût réel. Je suis autoentrepreneur, mais je ne travaillerai pas pendant un mois et la compensation par le tribunal est faible par rapport à la perte de salaire.

Une cagnotte de soutien financier sur la plateforme “Le pot solidaire”

Les Gardoises Caroline Cviklinski, représentée par Me Clément Dalançon, et Jessika Cviklinski, par Me Joanny Moulin, deux avocats qui ont accepté d’être payé via l’aide juridictionnelle, doivent s’engager pour un procès prévu sur vingt jours, du 2 au 27 mars, devant la cour d’assises de Draguignan (83).

Une durée anormalement longue qui résulte des nombreuses utilisations des voies légales par l’accusé, Jacques Cviklinski. Un temps de justice qui nécessite, donc, de se loger, se nourrir et de cesser, temporairement, son activité professionnelle. Jessika Cviklinski exerce une activité dans le domaine du bâtiment et Caroline Cviklinski, diplômée en linguistique, s’est engagée sur une formation en langue des signes.

L’initiative à pour but de poursuivre cette lutte judiciaire nécessitant des frais importants, dont le remboursement, lors de la précédente audience, en février 2019, n’a été que partiel, par le fait de l’ajournement du procès.

Qu’est-ce que le fait de dénoncer ces faits vous a apporté ?

Caroline : Quand j’ai été considérée victime, cela m’a permis d’être reconnue. Ensuite, quand j’ai parlé à des personnes, c’était important, mais cela dépend de l’écoute en face… Le viol, l’inceste, fait peur. Ce sont des questions complexes. Pour moi, il n’était pas question d’accepter, c’était viscéralement impossible. J’ai eu un sentiment de justice, un courage et moins d’importance accordée à la bienséance sociale. C’est ma famille, mais j’ai brisé les lignes. C’est ce que j’avais à faire, mais cela me fatigue.

Jessika : Je n’ai aucun regret. Je pense réellement que l’on peut mourir de ne rien dire. Mais quand on dénonce, on est mis au ban et j’ai eu la chance d’avoir eu des soutiens dans ma famille, car on se retrouve à naviguer tout seul. C’est très dur de ne pas mourir de tristesse et d’autres choses…
Une procédure depuis 2008

Condamnation en première instance, en 2017.

Caroline Cviklinski (35 ans), fille de l’accusée, et Jessika Cviklinski (44 ans), la nièce, ont été reconnues victimes par la cour d’assises d’Aixen-Provence, en 2017. L’accusé, Jacques Cviklinski, ophtalmologue à Marseille, a été condamné à 12 ans de réclusion pour tentative de viol par personne ayant autorité, viol par personne ayant autorité, attentats à la pudeur sur mineure de moins de 15 ans par ascendant, atteintes sexuelles incestueuses sur mineurs de moins de 15 ans par ascendant.

Après huit mois de détention, il obtient sa mise en liberté, moyennant une caution de 300 000 €. En février 2019, le procès en appel devant la cour d’assises de Draguignan est interrompu à la suite de l’hospitalisation de l’accusé. Le procès est ajourné et l’accusé sort libre des urgences. Une plainte a également été déposée pour non-respect du contrôle judiciaire.

source : midilibre

Avatar
Association Wanted Pedo