«Il était en train de me pénétrer. Il m’a expliqué que c’était normal, parce que tous les pères le faisaient avec leurs enfants. Après, c’est devenu une habitude. Il continuait toute la journée»

Cour d’assises de Paris, hier. Elodie*, 23 ans, a décrit l’abomination vécue depuis son arrivée en France en 2006, alors qu’elle était âgée de 12 ans.

Enfermée et violée pendant des années par l’homme qu’elle croyait être son père, une jeune femme a eu la force de dénoncer celui qui est jugé depuis vendredi. Le verdict est attendu aujourd’hui.

L’homme, placé hors du box, se retrouve tout près de ce corps menu qu’il est accusé d’avoir violé dès l’âge de 13 ans, enfermé durant des années, privé d’adolescence et d’école… Meurtri à vie. Et lorsqu’en larmes, tournée vers celui dont elle a longtemps cru qu’il était son père, Elodie*, 23 ans, lâche ce cri déchirant:

« J’aurais voulu qu’il reconnaisse ! » , il la fixe, impassible. La scène, glaçante, donne la nausée.

Avortement forcé

Bamo Malumba, 54 ans, jugé depuis vendredi devant la cour d’assises de Paris pour viols sur mineure par personne ayant autorité, nie tout en bloc. Au contraire, il salit. Entre le verbiage mensonger et complotiste de cet ancien gardien d’immeuble et la parole limpide de sa victime, le contraste est saisissant.

Il révèle tout le courage de cette jeune femme au parcours chaotique, atteinte d’un très fort diabète, qui a fini par réussir à se confier à sa médecin à l’hôpital en mars 2014:

« Oui, je dénonce toujours, confirme-t-elle. Ce que j’ai vécu, je n’avais pas la force d’en parler. J’avais peur. Un jour, j’ai craqué. » Elle ajoutera : « Je n’ai plus de mots pour exprimer ma douleur. J’essaie… »

Née à Kinshasa, en République démocratique du Congo, élevée par une grand-mère, Elodie a 12 ans lorsqu’elle est envoyée en France, en 2006, sous une fausse identité.

« Tu vas faire des études et rencontrer ton père », lui promet-on.

Elle séjourne d’abord chez une tante, puis à l’hôpital lorsqu’on diagnostique sa maladie.

« Une histoire avec un oncle », en fait une première tentative de viol, conduit un juge à la placer chez son soi-disant père.

« Où dormiez-vous ? » demande la présidente. « Dans son lit. Au bout d’un mois, un jour, je me suis réveillée. Il était en train de me pénétrer. Il m’a expliqué que c’était normal, parce que tous les pères le faisaient avec leurs enfants. »

Elle précise :

« Après, c’est devenu une habitude. Il continuait toute la journée. Je disais pas non. » « Je ne sentais plus rien », a-t-elle confié depuis à une psychologue.

A 14 ans, Elodie tombe enceinte. Le Cytotec qu’il lui a fourni, un médicament gastrique connu pour son usage abortif détourné, n’a pas suffi.

« J’avais du mal à dormir, il m’a dit : Tiens, prends ça. Plus tard, il m’a dit que c’était pour enlever les bébés. » A l’hôpital où il la conduit pour avorter, il l’oblige à désigner « un ami », puis à accepter une contraception.

Sex-toys et visionnage de films pornos

A 16 ans, entre foyers, séjours à l’hôpital, errance dans des hôtels et consommation du cannabis qu’il lui procure, son isolement s’aggrave. Il lui impose sex-toys et visionnage de films pornos, s’en inspire, la filme durant les rapports, menace ses petits copains et la menace elle

Placée, malgré tout elle fugue et revient :

« Je ne savais pas où aller. Je ne voulais pas devenir l’enfant de l’Etat qui n’a pas de famille. » « Elle subit une vie de petite femme enfermée. Une soumission absolue, corps et âme, à l’homme qui lui a été désigné comme père », décryptera un psychiatre.

Des analyses réalisées durant l’instruction ont permis de prouver la paternité de Bamo Malumba lors de l’IVG de 2009.

Lui ose, face à la cour :

« Sachez que la science ne sait pas tout. »

Il invoque « sorcières » et ce drôle de label de « mari de nuit ».

Il affirme : « Chez nous, une femme peut utiliser un homme sans qu’il le sache ! »

Plus tôt, quand l’avocat général lui a demandé ce qu’elle attendait du procès, Elodie a imploré :

« Que je sois reconnue en tant que victime. Parce que ce n’est pas de ma faute ! Maintenant, j’ai peur qu’on ne me croie pas… »

« Moi, je vous crois ! » lui a répondu, solennel, le magistrat.

 

Le verdict est attendu aujourd’hui. Bamo Malumba encourt vingt ans de réclusion.

* Le prénom a été changé.

 

Source: Le Parisien