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FéV
2019

France | Léolane Kemner tente de décrire l’origine de la démence pédophile

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On ne naît pas pédophile, on le devient

PHOTO FOTOLIA

Tous les enfants agressés ne deviennent pas nécessairement pédophiles, mais je crois que, pour peu qu’on creuse, tout pédophile est d’abord un enfant agressé.

Il est difficile de parler de pédophilie sans aborder de front ses aspects culturels, historiques et institutionnels. Pour le présent billet, je vais cependant me concentrer sur le phénomène lui-même. Sur ce que je crois être ses racines profondes. Je développerai sur ses autres facettes dans un prochain texte.

Aucune conséquence ne semble assez forte ou assez satisfaisante pour racheter la faute ignoble des pédophiles. Que des procédures interminables et des sanctions ridicules, quand ce n’est pas l’omerta. Pourtant notre indignation collective, si elle s’écoutait, réclamerait l’exécution sommaire pour ceux et celles qui osent s’en prendre à ce que l’humanité a de plus précieux : ses enfants.

Et puisque nos enfants sont notre avenir, les pédophiles se rendent en fait coupables d’attenter à notre futur à tous, au nom d’un coït impensable, en souillant et en corrompant une jeunesse qu’ils condamnent à une vie d’errance à se demander pourquoi on lui a fait une telle chose.

Je me suis beaucoup questionnée sur ce sujet. Je voulais comprendre, que ma révolte soit utile. Réfléchir plus loin que ce soi-disant hasard qui ferait si mal les choses. Au-delà du mauvais sort qui fait de toi, et pas de toi, un prédateur sexuel. Je voulais surtout dépasser cette drôle d’idée d’une malformation de l’âme aléatoire.

Je me suis persuadée d’une chose au fil des années et de mes recherches : on ne naît pas pédophile, on le devient. Personne ne vient au monde ainsi, pas plus qu’on arrive ici meurtrier. La pédophilie n’est pas un gène, mais un symptôme que je découvre systématique à un traumatisme sexuel violent pour l’âme, même si pas toujours pour le corps.

J’ai toujours entendu dire qu’un agresseur est d’abord un agressé, ce qui semble faire tout le sens du monde. La grande question pourtant demeure : comment quelqu’un qui a souffert de sévices peut-il s’accorder le droit de les infliger à son tour, ne serait-ce qu’au nom de la compassion la plus élémentaire?

On dit qu’il en va tout simplement d’un cercle vicieux contre lequel on ne peut rien faire. On donne ce qu’on a reçu. C’est une simple part sordide de l’ordre des choses.

C’est un peu facile, je trouve.

J’ai surtout l’impression qu’on s’imagine le phénomène être un sinistre virus qu’on n’a jamais vraiment su s’expliquer, contenir ou éradiquer et qu’on attribue à tort à la nature humaine fondamentale. Or, la première évidence qui s’est offerte à moi, c’est que la pédophilie s’enseigne par le geste.

Je crois qu’on commence à faire du mal le jour ou on nous en fait, car naît simultanément en nous un besoin viscéral de justice. Et je pense que c’est ce besoin aliéné qui accouche de la déviance.

Maintenant, si on part de ce principe, est-il concevable d’envisager que plutôt que de simplement assouvir un désir contre nature, l’agresseur soit en train, même à son propre insu, de chercher à se faire justice? Car je suis personnellement persuadée que c’est de ça qu’il est toujours question, de justice.

Mais quel genre de justice peut espérer un bourreau de sa victime?

Et s’il cherchait à venger l’outrage qu’on lui a fait sur l’enfant fragile et vulnérable devant lui, qui est toujours à sa propre image?

Et s’il tentait d’éprouver ce que son agresseur a ressenti, afin de trouver une quelconque légitimité à ce qu’on lui a fait? De justifier et peut-être ainsi comprendre pourquoi on s’est permis de le blesser de cette manière?

Nuance : tous les enfants agressés ne deviennent pas nécessairement pédophiles, mais je crois que, pour peu qu’on creuse, tout pédophile est d’abord un enfant agressé.

Bien que je ne prétende pas qu’il s’agisse d’une réflexion consciente, d’autant qu’elle n’excuse strictement rien, c’est ce qui m’a néanmoins amené à penser qu’une agression est toujours un acte de vengeance pour un mal jadis perpétré sur sa personne. Et sous cette volonté folle, ce que j’entends surtout, c’est un puissant appel à l’aide.

Je suis convaincue que ce type de désir relève d’une blessure sévère menée par une souffrance insupportable. Que c’est une plaie mortellement infectée qui, graduellement, fait taire toute forme de raison ou de morale et qui corrompt la personnalité, avant de devenir une pulsion brute sur laquelle son détenteur n’aura plus aucun contrôle, une fois qu’elle aura atteint à son paroxysme.

C’est une solide certitude que j’ai, car objectivement, biologiquement, psychologiquement et émotionnellement, c’est contre nature que d’être sexuellement attiré par un enfant. C’est une aberration spirituelle et animale qui ne fait strictement aucun sens et pas juste parce que je ne suis pas pédophile moi-même.

Sauf que c’est bien beau, mais si l’agresseur est d’abord un agressé, où est, finalement, sa responsabilité à lui?

S’ils ne sont pas responsables de ce qu’on leur a fait, puisqu’ils étaient aussi innocents que leurs propres victimes, les pédophiles sont invariablement responsables d’avoir choisi de franchir la ligne qui sépare la victime du bourreau. De s’être rendu jusqu’au point de non-retrour et de ne pas avoir retenu le funeste pas.

Cette ligne au-delà de laquelle, le crime étant trop odieux, on ne peut plus escompter aucune compassion de qui que ce soit. Ce qu’a précisément besoin toute victime pour se donner la force de se reconstruire.

Si depuis tout à l’heure je parle de blessure, d’infection et de contamination, même s’il ne s’agit que de formulations métaphoriques, c’est pour confesser que je suis persuadée qu’on peut guérir de la pédophilie.

C’est la raison pour laquelle j’aimerais terminer en m’adressant à tous ceux qui savent, dans le secret de leur tête, qu’ils sont aux prises avec ce mal. Qui entendent tictaquer en eux un sombre compte à rebours et qui se craignent eux-mêmes. Ne restez pas seuls. De l’aide existe et des gens sont là pour vous aider.

Et ce geste, le plus important que vous poserez dans votre vie, sauvera non seulement l’enfant laissé pour mort en vous, mais contribuera à épargner tous les autres.

Source : journaldemontreal

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Catégorie(s) : Actu | Pédocriminalité | Psychologie