25
NOV
2019

France | Prostitution des mineures : Une prostituée sur quatre a moins de 18 ans

Le prostitution des mineures en forte augmentation ces dernières années.

15,6 c’est l’âge moyen des adolescentes prostituées signalées, entre 2016 et 2019 au Parquet des mineurs de Bobigny. Les plus jeunes n’avaient pas plus de 13 ans. / © Remi WAFFLART/MAXPPP

Sur les quelque 40 000 prostituées exerçant en France, la proportion des moins de 18 ans pourrait ainsi excéder les 20%. Entre 6000 et 10 000 mineur-e-s seraient prostitué-e-s sur le territoire national, en majorité des jeunes filles entre 13 et 16 ans, et de jeunes garçons dans 5 à 6% des cas étudiés.

Une prostituée sur quatre a moins de 18 ans. Le phénomène, observé depuis cinq ans, a fait l’objet de deux études à l’initiative de l’Observatoire des violences envers les femmes du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. La présentation en a été faite mardi 12 novembre dernier à Bobigny.

Tous les professionnels travaillant de près ou de loin à leur contact s’en alertent : la prostitution des mineures a fortement augmenté ces dernières années. C’est aussi ce qu’observe depuis 2014 l’Office central pour la répression de la traite des humains (OCRTEH), en notant la conversion au proxénétisme d’un certain nombre de dealers des cités, qui racolent au moyen d’Internet.

Sur les quelque 40 000 prostituées exerçant en France, la proportion des moins de 18 ans pourrait ainsi excéder les 20%.

Faute de statistique publique sur le sujet, l’Observatoire des violences envers les femmes du conseil départemental de Seine-Saint-Denis signale que :

« L’estimation qui paraît la plus fiable à ce jour est celle de d’EPACT International (une ONG) : entre 6000 et 10 000 mineur-e-s seraient prostitué-e-s sur le territoire national, en majorité des jeunes filles entre 13 et 16 ans ».

Lui-même en panne de chiffres dans ce département, l’Observatoire n’en livre pas moins des informations édifiantes au travers de deux études portant sur un total de 60 cas.

Effectuée l’une avec le Tribunal de Grande instance de Bobigny, et l’autre avec la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIPS) rattachée au Conseil départemental, ces études étaient présentées lors des 15e Rencontres Femmes du Monde en Seine-Saint-Denis.

C’était le mardi 12 novembre à Bobigny, avec la participation de l’Amicale du Nid. Voilà soixante-treize ans que cette association travaille auprès des prostituées, qu’elle les accueille et les accompagne tout en bataillant contre cette « culture du viol » où l’on persiste à parler de « plus vieux métier du monde », comme s’en indigne Geneviève Duché, ancienne présidente de l’Amicale.

Constat préalable confirmé par ces études, la plupart des prostituées ont été depuis leur plus jeune âge « constamment baignées dans un climat de violences », physiques, sexuelles, psychologiques. À commencer par celles subies par leur mère. Surtout, la plupart ont subi de la part d’un père ou beau-père des violences sexuelles qui même dénoncées sont souvent restées impunies.

« Ce manque de suites judiciaires aux plaintes déposées par les mineur-e-s victimes crée une rupture de confiance envers les autorités. »

Comme le raconte Claire Grangeaud coordinatrice du service prévention, formation et recherche action à l’Amicale du Nid, ces adolescentes « ne se voient pas comme des prostituées. Elles vont parler d’escorting. Ou dire “je michetonne, j’ai trouvé un pigeon, je lui prends son fric”. Quand on pense qu’on ne vaut pas grand-chose, il peut être valorisant de se dire mon corps vaut quelque chose ». Y compris au risque de se prendre des coups.

« Pour nous, une claque c’est de la violence, pas pour elles. Sauf à partir du moment, où il y a du sang. »

Dans ce « parcours fragilisant » qui abîme l’estime de soi, ajoute Mme Grangeaud,

« il y a eu souvent la stigmatisation du père : “Toi, ma fille tu finiras sur le trottoir.” Et si en plus, par les rumeurs des réseaux sociaux, on a cette réputation de pute dans son établissement scolaire… »

Quant au passage à l’acte, il survient souvent lors d’une fugue.

« Elles vont vers une gare, un parc, là où il y a du monde. Ce qu’ont bien compris proxénètes et clients, qui vont proposer de les aider, par des vêtements, un repas chaud… »

Dans l’ensemble des cas rapportés, est décrit un système d’emprise, comparable aux situations de violences conjugales, de la part du proxénète qui souvent n’a guère plus de 25 ans. Pour les jeunes filles, c’est le lover boy. Le petit copain, certes violent, mais qui lui a promis de ne jamais l’abandonner.

« Alors, quand on ne sait pas trop quoi faire de sa vie… Comme nous, les femmes on nous a toujours dit de mettre en avant notre corps, d’être objet du désir de l’homme, reprend Claire Grangeaud, ça peut être ça, la perspective et elles y vont jusqu’au bout. »

Ce tableau de l’exploitation des corps, qui sont aussi ceux de jeunes garçons, dans 5 à 6% des cas étudiés, a ceci de nouveau que la rencontre avec le milieu de la prostitution se fait aussi par Internet, avec des photos sexy postées sur Instagram ou Snapchat sans bien en mesurer les conséquences. Quant à les aider à s’en sortir…

« Elles vont donner l’impression qu’elles vont bien, qu’elles “gèrent”, que c’est de l’argent facile. Mais elles ne l’économisent pas. Parce que c’est de l’argent sale, elles le flambent », rapporte encore Claire Grangeaud.

Comme elle l’explique en particulier aux éducatrices des foyers de l’ASE (Aide sociale à l’enfance) pour les aider à ouvrir l’œil, ce sont des adolescentes qui portent des blessures, des scarifications, qui souffrent de troubles du sommeil et surtout d’anorexie, outre bien sûr des affections gynécologiques.

Lingerie, préservatifs, cartes de clubs réservés aux adultes, couteau ou lacrymo pour se protéger au cas où, au moins deux téléphones portables dont un non géolocalisable pour le contact avec le proxénète….

Les signaux d’alerte ne manquent pas. Mais « vouloir lui faire avouer, c’est la rendre responsable », alors qu’elle est en danger.

Avérés ou pressentis, les faits et risques de prostitution ont fait l’objet de 55 signalements auprès du CRIPS, dont 56 % de la part de l’Éducation nationale.

De son côté, le parquet des mineurs a été saisi depuis 2016 de 82 cas, à 36 % par les services de police et 24,4% par l’aide sociale à l’enfance.

Avec loi du 4 mars 2002 qui interdit la prostitution des mineurs, le client encourt jusqu’à 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende. Pour les proxénètes, les peines peuvent atteindre 15 ans et 3 millions d’euros.

L’exploitation d’un adolescent de moins de 15 ans étant assimilée à un crime.

 

Source : lejsd.com

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