03
JUIN
2019

Limoges | Enquêteur à la police judiciaire de Limoges, Bernard Couquet nous éclaire sur les pratiques des « pervers du net »

Pédophilie sur Internet: «Les prédateurs sexuels utilisent les mêmes codes que leur victime». Internet est devenu un terrain de loisirs pour les enfants et les adolescents, mais aussi pour les pédophiles.

Intervention de Bernard Couquet dans le quartier des Porte-Ferrées à Limoges

 

Bernard Couquet est enquêteur à la police judiciaire à Limoges et spécialiste de ces questions. Il nous éclaire sur les pratiques des « pervers du net ».

 

  • Comment ces chasseurs sexuels approchent les jeunes sur internet ?

« Le chasseur multiplie les contacts, en s’infiltrant sur les sites fréquentés par les enfants : les sites de jeux en ligne, les réseaux sociaux via les amis d’amis. Les prédateurs sexuels ont les mêmes codes que les jeunes avec qui ils souhaitent entrer en contact.

Une fois dans le cercle, cela peut être très simple : “ Je peux t’aider à passer tel niveau dans ce jeu, si tu me montres ton corps”. Les enfants ne sont pas dans cette maturité-là. Ils s’exécutent.

L’adulte va gagner la confiance de sa victime en trouvant une faille, et l’exploiter pour arriver à ses fins. Et elles sont nombreuses : manque de surveillance, manque de connaissances, fracture numérique, problème dans la cellule familiale ou à l’école. »

 

  • Quelle peut être l’emprise de ces adultes sur les enfants ?

« Quand un jeune, qui est équilibré, se fait aborder par un pédophile, il va lui répondre “Va-t-en, gros dégoûtant”. Pour un autre qui vit des difficultés pour X raisons, il y a danger.

Nous avons eu le cas d’une affaire qui s’est déroulée sur une chaîne Youtube. Un pédophile avait repéré un jeune qui avait publié des tours de magie. Ils ont échangé, puis une relation est née. L’adulte était devenu le “référent magie” du mineur. Quand ce dernier ne réussissait pas un tour de magie. Il avait un gage sexuel

. Dans ce système de sanction-récompense, l’adulte était devenu une sorte de grand frère. Quand nous avons eu le garçon dans notre bureau, il nous a dit “il était gentil le monsieur.” Il n’avait pas senti le lien de domination ».

 

  • Y-a-t-il un profil type du pédophile sur Internet ?

« Il y a ceux qui discutent avec les enfants et qui sont là simplement pour le fantasme. Ces “pédos” ne franchiront jamais le cap de la rencontre, car ce n’est pas dans leur fantasme.

D’autres veulent plus, des photos par exemple qu’ils collectionnent et partagent sur des réseaux fermés sur le Darknet.

Dans des cas plus rares, les prédateurs sexuels tentent d’entrer en contact avec leur victime.

Nous avons eu des cas de pédophilie ponctuelle. Celui d’un homme qui avait en quelques mois tout perdu : son entreprise avait coulé, sa femme était partie. Il était tombé dans ce fantasme qui n’avait pas vocation à perdurer. »

 

  • Comment réagir en tant que parent quand son enfant a été victime d’un prédateur sexuel ?

« Enlever un ordinateur à un enfant victime d’un prédateur est une double peine. Quelque part, c’est lui enlever une partie de sa vie. On rompt une sorte de confiance.

C’est en plus prendre le risque de voir se replier l’enfant dans sa souffrance et qu’il ne dise rien la prochaine fois que se passe quelque chose de grave.

Il ne faut pas punir en coupant l’enfant de ses liens. Mais il faut lui dire que si un adulte vient l’aborder, lui fait des propositions sexuelles, il faut prévenir un adulte. »

 

Source : lepopulaire.fr

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