23
JUIN
2019

Nantes | Interview de Annie Fournier spécialiste internationale du recueil de la parole de l’enfant victime de violences sexuelles

Violences sexuelles sur enfant : «La société a son rôle à jouer»

Annie Fournier, directrice des services au centre d’expertise et fondation Marie-Vincent, à Montréal. | STÉPHANIE BAZYLAK / OUEST-FRANCE

Annie Fournier est l’une des spécialistes internationales du recueil de la parole de l’enfant victime de violences sexuelles. Elle était à Nantes, ce mardi 18 juin, pour partager l’expérience canadienne avec les professionnels français.

Trois questions à Annie Fournier, directrice à la fondation Marie-Vincent, à Montréal. Spécialiste du recueil de la parole de l’enfant victime de violences sexuelles, elle était à Nantes, invitée de la Société française de pédiatrie médico-légale pour un colloque national.

Sait-on combien d’enfants sont victimes d’agressions sexuelles ?

On estime qu’une fillette sur cinq et un garçon sur dix seront victimes d’agression sexuelle avant l’âge adulte. Le souci, c’est que moins de 20 % des violences sexuelles sont dénoncées aux autorités. La révélation est souvent difficile. Le jeune âge joue beaucoup parce que l’enfant n’aura pas forcément conscience que ce qu’il vit n’est pas normal. La société a aussi son rôle à jouer. Il faut apprendre le mot pénis à un enfant, comme on parle de l’épaule ou de la main, pas d’un kiki ou d’un zizi. Si on n’ose pas dire le mot, il pensera qu’il ne faut pas en parler.

Comment faire pour bien recueillir la parole de l’enfant ?

Sans aucun doute par le biais d’une personne formée à cela. Recueillir la parole de l’enfant est un exercice délicat. Leur mémoire est comme une chambre d’ado : tout est là, mais on ne sait pas où. Ce n’est pas aussi structuré que dans l’esprit d’un adulte. La manière de poser des questions, ouvertes et non suggestives, l’attitude de celui qui questionne, le lieu : tout compte.

Comment faites-vous au Canada ?

Au Canada, les salles d’audition pour mineurs victimes de violences sexuelles sont répandues, adaptées à chaque âge. En France, elles se développent mais il en faudrait plus. Un lieu neutre, c’est important. Pour un enfant, ce sont les méchants qui vont au commissariat. Lui qui pense déjà que ce qui lui arrive est de sa faute, le conduire là-bas c’est lui confirmer. Notre rôle est de semer l’espoir. Il faut les aider à dire, plus tard, « j’ai été victime, mais je ne le suis plus » .

Source : ouest-france

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