05
JUIL
2019

Saint-Nazaire-d’Aude | Seulement un an et demi de prison pour le violeur d’enfant Jean Plantin

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Le compagnon de la grand-mère de deux fillettes a été reconnu coupable d’agressions sexuelles. La famille lyonnaise se rendait en vacances à Saint-Nazaire-d’Aude, où les violences sexuelles continuaient sur les enfants.

Une audience forte en émotion ce vendredi.
PHILIPPE LEBLANC

Le compagnon de la grand-mère de deux fillettes a été reconnu coupable d’agressions sexuelles. La famille lyonnaise se rendait en vacances à Saint-Nazaire-d’Aude, où les violences sexuelles continuaient sur les enfants.
Cinq ans. Cinq années au cours desquelles le compagnon de la grand-mère de Léa et Clara*, 7 et 8 ans, aurait commis des actes graves sur les enfants. Une affaire enfin arrivée à la barre de la juridiction, après une procédure longue à bien des égards. Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Narbonne, présidé par Magali Issad a pris le temps de revenir sur ce dossier douloureux.

Jean Plantin, 69 ans, absent à l’audience pour raison de santé et placé sous contrôle judiciaire depuis 4 ans, comparaissait pour agressions sexuelles sur deux mineures de moins de 15 ans par ascendant, commis de janvier 2007 à septembre 2011 à Lyon et Saint-Nazaire-d’Aude. Les deux sœurs, aujourd’hui âgées de 20 et 21 ans étaient venues de Lyon, accompagnées de leurs parents, tous quatre parties civiles.

Hospitalisée en pédopsychiatrie

Patiemment, déroulant le fil de l’ignominie, la présidente Magali Issad s’attarde sur ces fillettes en souffrance, qui font l’objet d’un signalement à l’école. L’une d’elles commence par redoubler le cours élémentaire. Confrontée à un problème qu’elle ne connaît pas, la mère somme Léa de lui parler. Alors la petite, du bout des lèvres, parle de caresses sous la contrainte. Elle appelle sa sœur qui révèle aussi des actes de nature sexuelle. La mère, atterrée emmène ses filles à Saint-Nazaire chez sa propre mère.

Jean Plantin fait l’ignorant et quitte aussitôt la maison, sa femme ne veut entendre parler de rien. L’examen pratiqué sur les fillettes fait état de graves difficultés psychiques, explique les échecs scolaires par des troubles de la concentration, diagnostique des troubles de la personnalité. La petite sœur souffre d’un état dépressif. C’est en 2012, après le dépôt de plainte que Léa s’effondre et est hospitalisée en pédopsychiatrie.

C’est lors de cette prise en charge spécialisée qu’elle prend le stylo, couchant l’indicible. Elle a alors 13 ans. Dans la lettre adressée à sa maman, Léa raconte combien elle aimait ce gentil grand-père par alliance qui lui achetait des bonbons. Les deux sœurs y passaient le soir après l’école à Lyon pour les devoirs, puis, séjournaient chez eux l’été à Saint-Nazaire d’Aude. Léa qui aimait les chiens allait les sortir avec Jean. C’est dans le parc, que l’enfant explique qu’il ouvrait sa braguette et forçait la gamine à le masturber. La fillette raconte comment, quand la grand-mère allait faire les commissions, il demandait à la gamine, qui jouait sous la table avec les chiens, de lui faire une fellation, ou encore de le masturber dans la cave.

Elle raconte ce jour, où dans la voiture, elle a osé l’affronter:

“Je sais que ce que tu me fais est mal”.

Il lui a alors lancé un regard assassin et l’a menacée.

À la lecture de la lettre, la mère, bouleversée, remet le courrier aux enquêteurs. Le 11 décembre 2013, soit deux ans après les premières révélations, Jean Plantin est placé en garde à vue. Il réfute les accusations, évoque des manipulations, les met sur le compte des mauvaises relations entretenues entre sa compagne et sa fille. Une instruction pour viol est ouverte. Il est entendu par le juge en 2015, et est placé sous contrôle judiciaire. Une expertise médicale en 2016 révèle une polypathologie de nature à entraîner une sexualité inexistante qui ” limite la possibilité de viol, mais pas l’agression sexuelle”. Une douloureuse confrontation a lieu, où il réfute les accusations. L’examen psychiatrique fait ressortir la personnalité floue, inconsistante, de cet homme au parcours de vie chaotique, qui se victimise et a tendance à mettre l’autre en échec. Il révèle une paraphilie secondaire et met le doigt sur une dangerosité sociale.

Les filles ont commencé à aller mieux lorsque leur parole a été prise en compte

Spécialisée dans les affaires de mineurs, l’avocate lyonnaise Marie-Pierre Dominjon souligne le comportement typique des enfants atteints de violences sexuelles.

“Les filles ont commencé à aller mieux lorsque leur parole a été prise en compte ”. 

L’avocate revient sur les détails glaçants des agressions, dont une pénétration digitale, la tentative de suicide d’une victime, les longueurs de la procédure judiciaire, avant de faire part de ses demandes financières pour préjudice subi par les deux sœurs, mais aussi les parents. Le procureur Marie-Agnès Joly reprend les éléments médicaux de dysfonctionnement érectile : “Il ne me semble pas que les faits aient été présentés de manière circonstanciée dans le temps et dans l’espace. N’y a-t-il pas d’autres causes à cette souffrance ? ” Interroge le Parquet. À défaut de conviction, le procureur ne requiert pas de condamnation.

Lea et Clara, qui s’étaient exprimées avec réticence à la barre, ne peuvent retenir leurs larmes. En défense, Maître Pascal Clément note qu’” il n’y a aucun élément attestant qu’il s’agit d’un pervers ou d’un prédateur domestique ”, il retient le discours évolutif des fillettes, et les expertises médicales attestant la maladie de son client et émet l’hypothèse des filles poussées par la mère dans un contexte de conflit familial. Puis le tribunal, après avoir délibéré, se prononce en faveur de la culpabilité de Jean Plantin, le condamne à 3 ans de prison, dont 18 mois avec sursis, à payer 9 000 euros à chacune des sœurs, et 1 000 euros aux parents. Clara et Léa, dans les bras de leurs parents ont pleuré longtemps dans la salle d’audience.

Source : MidiLibre.fr

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