11
AUG
2020

SPORT | Le long combat d’une Strasbourgeoise, victime de harcèlement sexuel à l’Olympique lyonnais

Myriam* raconte son calvaire

Le rêve de Myriam de porter le maillot de l’Olympique lyonnais s’est transformé en cauchemar © Maxppp – Michel Clementz

 

Pour la première fois, Myriam raconte comment son rêve de devenir professionnelle à Lyon s’est transformé en cauchemar, après avoir été victime de harcèlement sexuel. L’OL dit l’avoir écartée du centre de formation pour des considérations sportives. La footballeuse réclame réparation en justice.

Myriam (le prénom a été modifié pour conserver son anonymat) a appris à jouer au foot à Oberhausbergen (Bas-Rhin). Rapidement, son talent lui a permis d’évoluer en Allemagne, à Fribourg, puis à Sand.

Supervisée depuis l’âge de 12 ans par l’Olympique lyonnais, elle est recrutée à l’âge de 15 ans à l’été 2017, pour intégrer l’OL Academy, le centre de formation du meilleur club féminin actuel au monde. Au passage, elle refuse plusieurs offres, notamment celle de l‘INF Clairefontaine.

Le comportement très déplacé d’un coach de l’OL

À ses débuts, tout se passe bien. Myriam s’entraîne en semaine avec les U19 et joue le week-end avec les U16. Mais la situation se dégrade au fil des mois. L’entraîneur des U16, Yohan D., commence à avoir des comportements déplacés envers Myriam et une autre joueuse, sa confidente au club, sur laquelle le coach a jeté son dévolu.

“J’ai vite compris que ça n’était pas un coach comme les autres quand j’ai vu les messages qu’il m’envoyait, témoigne Myriam au micro de France Bleu Alsace. Par exemple, il m’écrivait ‘Je me sens bien quand t’es là’. Quand un coach dit ça, on n’a pas besoin d’avoir 20 ans pour comprendre ce que c’est. J’ai coupé court.”

 

Myriam raconte le harcèlement dont elle a été victime

Mais son amie lui demande de ne pas révéler l’affaire, par crainte des conséquences :

“Il a réussi à m’atteindre autrement. Il mettait la pression à ma copine, et il la mettait aussi à moi”.

Il m’envoyait des messages comme ‘Montre-moi des photos de ta copine et je te mettrai capitaine’.

Le scandale éclate au grand jour en Alsace

Les deux jeunes filles conservent leur secret, jusqu’à un tournoi auquel participe l’OL en Alsace, à Holtzwihr, près de Colmar, du 18 au 20 mai 2018. La situation dérape.

“L’entraîneur s’est débrouillé pour changer les clés et qu’on soit à son étage à lui, pour avoir la main sur nous, raconte Myriam :

Il venait tous les soirs dans notre chambre ou envoyait un message pour qu’on vienne tous les deux dans sa chambre.

 

L’affaire éclate au grand jour lors d’un tournoi en Alsace

L’homme se serait épanché auprès des deux adolescentes sur les problèmes qu’il rencontrait avec sa femme. Il se serait aussi glissé sous la couette de l’amie de Myriam pour y faire circuler sa main. Le scandale éclate alors au grand jour, car une joueuse des U19 avertit la direction de l’OL.

Au retour du tournoi, Myriam est convoquée pour témoigner par Sonia Bompastor, la directrice du centre de formation. Elle annonce le licenciement du coach Yohan D. – qui, en fait, a démissionné. La jeune fille dit alors ressentir du soulagement, et espère tourner rapidement la page de cette sale histoire… mais elle va rapidement déchanter.

L’OL décide de renvoyer Myriam

Dans un mail adressé aux parents le 5 juin 2018, Sonia Bompastor indique que le club ne prendra plus en charge l’intégralité de la formation de la jeune fille, contrairement à ce qu’il faisait depuis l’arrivée de Myriam à l’OL Academy. La famille réfléchit, et finit par accepter de financer la suite de la carrière de leur fille. Mais, quelques jours plus tard, l’OL annonce qu’elle ne conservera pas la jeune Strasbourgeoise, pour des raisons sportives, car elle n’aurait pas progressé.

Selon les parents, le club aurait pourtant promis par oral de s’occuper pendant trois ans de la jeune fille, au moment de son arrivée au centre de formation. Ils se rendent compte qu’aucune convention de formation n’a été signée, quand Myriam a intégré l’OL Academy. Le club n’en fait parapher qu’aux garçons, qui voient leur parcours ainsi sécurisé.

La famille de Myriam pense alors que la justice va s’emparer du dossier et que la jeune fille sera interrogée, mais ils n’ont aucune nouvelle. Au printemps 2019, elle rentre à nouveau en contact avec l’OL.

“Le club a proposé à notre premier avocat une somme de 15.000 euros pour acheter notre silence, s’exaspère le père de la joueuse. On a opposé un refus catégorique. Pour nous, ce n’était pas nos attentes, ce n’est pas une question d’argent, mais une question d’honneur.”

On a touché notre enfant, on veut que justice soit faite.

 

Le père de la joueuse scandalisé par l’attitude de l’Olympique lyonnais

Les footballeuses du centre de formation de l’OL ne signent pas de convention

Au mois de juillet 2019, Myriam et ses parents portent plainte auprès de la gendarmerie de Mundolsheim. Mediapart révèle alors l’affaire.

Dans le même temps, le nouvel avocat de la famille, Maître Slim Ben Achour, spécialiste des questions de discriminations, assigne l’Olympique lyonnais en référé pour obtenir les conventions de formations des garçons. Il a pour objectif de donner aux filles en formation les mêmes droits qu’aux garçons. Car, contrairement aux garçons qui signent des conventions, les apprenties footballeuses du centre de formation ne bénéficient d’aucun contrat.

“Il y a une différence de traitement réglementaire entre les hommes et les femmes, c’est la loi qui est comme ça. Si la loi doit changer, l’OL l’appliquera le jour-même ! ”

avait expliqué au Progrès, Joseph Aguera, l’avocat de l’Olympique lyonnais.

 

La mère de Myriam déçue par le comportement de Sonia Bompastor, la directrice du centre de formation de l’OL

Par un jugement du 26 juillet 2019, le tribunal judiciaire de Lyon a donné gain de cause à Myriam et a ordonné à l’OL de transmettre les conventions des garçons. Au mois de septembre 2019, l’ex-entraîneur des U16 Yohan D. est mis en examen pour

“atteinte sexuelle sans violence sur mineure de 15 ans, par personne ayant autorité”.

Myriam n’obtient pas sa réintégration à l’OL

La famille espère alors pouvoir obtenir encore la réintégration de Myriam au centre de formation de l’OL, mais elle va une nouvelle fois déchanter. Le 9 septembre, par une ordonnance en référé, le tribunal de Lyon déboute Myriam de sa demande de réintégration, en évoquant un “vide juridique” au détriment des filles de l’OL Academy.

L’avocat de la famille Slim Ben Achour estime que la justice a botté en touche :

“Le club considère qu’il peut s’abstraire des principes essentiels de la République, l’égalité entre les femmes et les hommes et les droits fondamentaux des enfants à suivre une instruction. C’est même une obligation d’être instruit et de ne pas être l’objet d’agressions, de violences de la part de majeur, surtout lorsqu’il s’agit d’un coach au sein du club”.

 

 

Pour Maître Slim Ben Achour, Myriam a été victime de discrimination sexuelle de la part de l’OL

Myriam et ses parents n’abandonnent toutefois pas leur combat judiciaire. Ils attendent toujours que l’ancien entraîneur des U16 soit jugé pour harcèlement sexuel. Du fait de la longueur des procédures judiciaires et faute d’avoir obtenu sa réintégration au centre de formation de l’OL en référé, la jeune femme a aussi entamé une procédure au civil.

Elle a saisi en décembre 2019 le tribunal judiciaire de Lyon au fond

“pour obtenir la réparation de l’ensemble de ses préjudices”.

 

 

Maître Slim Ben Achour détaille les deux procédures engagées contre l’Olympique lyonnais

La famille réclame aujourd’hui plus de 2 millions d’euros de dommages

Dans le document d’assignation que s’est procuré France Bleu Alsace, il est demandé au tribunal “de condamner l’OL à verser la somme de 972.000 euros en réparation de son préjudice lié à la perte de chance (NDLR parce qu’elle n’a pas pu passer professionnelle), la somme de 851.580 euros en réparation de son préjudice moral, la somme de 56.717,60 euros en réparation de son préjudice financier et la somme de 250.000 euros en réparation de son préjudice lié aux manquements aux accords collectifs et engagements unilatéraux du club”. Reportée à cause du confinement au printemps, l’audience devrait se tenir à la neuvième chambre du tribunal judiciaire de Lyon, à la fin de l’année ou au début 2021.

 

Le père de Myriam veut que justice soit faite

L’OL réserve son argumentaire à la justice

Joint par France Bleu Alsace, l’avocat de l’Olympique lyonnais, Maître Christophe Bidal, ne souhaite pas réagir dans l’immédiat à la nouvelle procédure engagée par la famille de Myriam. Il entend réserver ses conclusions à la justice. Il rappelle simplement l’argument avancé depuis le début par l’OL, Myriam a été écarté du club, “pour des raisons uniquement sportives”.

 

Pour Maître Slim Ben Achour, il faudrait “davantage de Myriam” pour dénoncer le harcèlement dont sont victimes de nombreuses sportives

Selon les parents de Myriam, le défenseur des droits devrait aussi intervenir dans le dossier pour soutenir la jeune fille, qui s’estime victime de discrimination.

 

La mère de Myriam espère que les jeunes filles victimes de harcèlement dans le sport seront mieux écoutées à l’avenir

La mère déplore le manque de soutien et un immense gâchis

La mère de Myriam ne comprend toujours pas pourquoi l’OL a renvoyé sa fille du centre de formation, au lieu de la soutenir, lorsqu’elle a révélé cette affaire de harcèlement sexuel.

“Notre fille est doublement victime, s’insurge-t-elle. Elle est victime d’un pédophile à l’âge de 15 ans, mais aussi d’une grande école comme le centre de formation de l’Olympique lyonnais, qui, en voulant étouffer cette affaire, sacrifie une jeunesse, des vies en fait.’

“Ça peut être dramatique, s’ajoute la mère de Myriam. Nous avons su l’entourer, mais malheureusement ces personnes sont impunies. Elles ont jusqu’à aujourd’hui gain de cause, car elles ont réussi à l’écraser, à écraser toutes ces filles.

Et à 15 ans, ça reste encore des enfants. On attendait vraiment un soutien, de l’empathie, en gardant ces filles auprès d’eux, pour dire ‘Plus jamais ça. C’est arrivé chez nous, et nous allons montrer que ça n’arrivera plus jamais. Vous êtes l’exemple à soutenir aujourd’hui’. Ben, ça a été tout le contraire !

On s’est fait écraser. Quel gâchis !

 

 

La colère de la mère de Myriam contre l’OL qui a écarté sa fille au lieu de la soutenir

Myriam espère encore passer pro

Pour Myriam, un rêve s’est brisé à l’Olympique lyonnais, mais elle n’a toujours pas abandonné ses espoirs de devenir footballeuse professionnelle :

“Quand j’étais petite et que je jouais à Oberhausbergen, j’avais un T-shirt blanc, avec marqué ‘OL’ dessus. Quand je suis entré à l’OL, c’était une immense fierté.”

C’était mon rêve depuis toute petite d’être professionnelle. C’est encore mon rêve, mais plus à l’Olympique lyonnais.

 

Myriam n’a pas abandonné son rêve de devenir footballeuse professionnelle, mais pas à l’OL

Depuis qu’elle a été écartée de l’OL, Myriam a joué à Metz, puis à l’Olympique de Marseille. La famille pense que le club lyonnais continue à lui mettre des bâtons dans les roues. La jeune fille passe actuellement des tests au Racing Club de Strasbourg (deuxième division).

*Le prénom de la victime a été remplacé par Myriam.

source : francebleu

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