José (prénom d’emprunt) a échappé à la prison à la faveur de plusieurs sursis. Image: Yvain Genevay/Le Matin

La liste de ses agissements délictueux est longue. Et moche. Ressortissant portugais de 32 ans, José* est arrivé, tête baissée, hier matin devant le Tribunal correctionnel de Nyon (VD).

Timide, introverti, il peine à s’exprimer. Des larmes roulent sur ses joues, puis les sanglots s’invitent dans le prétoire.

Ses réponses sont souvent inaudibles. Il souffre. Il a l’outrecuidance de le dire. Époustouflant.

Que dire des douze fillettes et/ou adolescentes, âgées de 11 à 15 ans – une treizième avait entre 16 et 17 ans –, qui ont été forcées à partager du regard les pulsions de cet homme entre juin 2014 et mai 2015, à Nyon et à Rolle?

Ces mineures ont dû regarder, sur le chemin de l’école ou dans des lieux peu fréquentés (forêts), ce même individu baisser pantalon et caleçon, montrer son sexe, se masturber, contraintes à entendre des obscénités comme

«je vais le rentrer dans ta ch***» ou «tu veux que je te montre ma b***?».

Dispensées de comparution pour éviter la confrontation, les jeunes victimes – dont la plupart ne se connaissent pas – sont formelles quant au signalement de José, même si aucune ne l’a reconnu sur la planche photo de la police vaudoise. Pour les enquêteurs, les recoupements sont suffisants.

Cheveux très courts, mal rasé, corpulence, taille et modus operandi.

Le coupable présumé est un récidiviste, déjà condamné en 2012 sur La Côte pour avoir visionné sur son ordinateur des images de pédopornographie et de zoophilie; encore condamné en 2015 pour exhibitionnisme par le Parquet genevois, qui, au détour d’une perquisition à son domicile, avait déniché un CD-ROM avec des images toujours aussi crues et déviantes.

L’auteur s’en était sorti avec des jours-amendes et du sursis. À son palmarès, on comptabilise encore deux violations graves à la loi fédérale sur la circulation routière.

«Je voulais juste les regarder»

Hier, José, aussi réservé qu’il puisse paraître, a contesté sept des neuf cas d’exhibitionnisme qu’on lui reproche pour cette énième comparution devant une Cour de justice:

«Je ne me souviens pas. Ce n’était pas moi. C’est quelqu’un qui me ressemble. Je ne connais pas ce sentier (ndlr: alors qu’il y a précisément été interpellé). Je n’ai jamais parlé aux victimes, je restais caché. Je voulais juste les regarder.»

Des phrases qui ne fonctionnent pas avec l’innocence qu’il clame. Encore moins lorsque l’employé de bureau ose parler d’une dizaine d’autres cas similaires, dont on ne sait rien. Personne n’a porté plainte.

L’accusation rit jaune. Même les regrets de l’accusé et sa thérapie qu’il prétend salvatrice n’y feront rien.

«Le prévenu a des pulsions qu’il ne maîtrise pas. Il faut éviter qu’il n’aille plus loin, tance le procureur Jérémie Müller. Sa culpabilité est lourde, ses actes égoïstes. Il n’y a pas lieu d’atténuer sa responsabilité. Il faut pallier au mieux la récidive. Et donc stopper maintenant. Seule une peine ferme pourra l’arrêter.»

Le magistrat requiert 2 ans de prison ferme, 180 jours-amendes à 100 francs et la révocation des sursis antérieurs pour actes d’ordre sexuel avec des enfants et exhibitionnisme.

L’avocate du trentenaire, Me Claudia Couto, de contre-attaquer:

«Beaucoup d’éléments ne collent pas. Des doutes irréductibles persistent, malgré ses antécédents. Rien n’empêche de retenir le sursis complet. Il ne récidivera pas. Laissez-lui une chance. Il a tellement honte.»

Le verdict tombera prochainement.

*Prénom d’emprunt (Le Matin)

Source : Le Matin