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AVR
2019

Témoignage | Charlie Vincent-Cheer raconte ce qu’elle a subit en foyer dans son livre “Jacques a dit… Suce!”

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Placée en foyer, Charlie Vincent-Cheer raconte l’enfer…

© Charlie Vincent-Chee

Charlie Vincent-Cheer, 25 ans, a traversé une enfance tragique. Séparée dès la naissance de ses parents jugés dangereux, violée enfant dans un foyer évangélique, battue par sa famille d’accueil, elle n’a, courageuse, jamais cédé face à l’adversité. Histoire incroyable d’une jeune femme pleine de vie.

Si l’on en croit la définition donnée par Boris Cyrulnik qui a introduit ce concept en France,

“la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité”.

Une force de caractère qui caractérise Charlie Vincent-Cheer dont les premières années sont tout simplement cauchemardesques comme elle la raconte dans son livre Jacques a dit… suce ! (Ed. Panthéon).

Charlie est placée à la DDASS dès sa naissance car ses parents, schizophrènes, sont jugés inaptes de s’occuper d’un bébé.

“Ma mère s’est enfuie de la maternité et j’étais en danger de mort. J’ai donc grandi dans une pouponnière et ensuite, jusqu’à mes 18 ans, dans un foyer”,

raconte Charlie désormais âgée de 25 ans.

Rebaptisé la bergerie par la jeune femme, cet établissement évangélique situé dans un petit village alsacien est sous des abords accueillants, un foyer intégriste ou tout ce qui concerne le corps est considéré comme satanique. Il est dirigé d’une main de fer par celui que Charlie nomme le “Pape” et qui est un homme dur et froid qui peut s’appuyer sur ses nombreuses relations.

Charlie à 5 mois à la pouponnière © Charlie Vincent-Cheer

Les jeunes pensionnaires grandissent comme ils peuvent sans recevoir aucune marque d’affection.

“Les éducateurs n’avaient pas le droit de nous faire des bisous, des câlins ou de nous tenir la main. Mais quand on a 4 ans, qu’on essaie simplement de toucher la main d’un adulte et qu’il la repousse violemment, c’est horrible.”

Les rares éducateurs qui avaient de l’empathie étaient annihilés par la méchanceté des autres qui n’éprouvaient aucune forme d’intérêt pour les enfants des foyers. D’autre part, les éducateurs étaient peu ou mal formés et surtout tellement jeunes ! A 20 ans comment peut-on s’occuper ou éduquer des enfants sans avoir un minimum de vécu ?”, s’insurge Charlie.

Sa mère Claude s’est jetée du 5e étage

A 8 ans, la petite fille apprend l’innommable : sa mère Claude s’est jetée du 5ème étage de l’appartement où elle réside avec François le père de Charlie dans le centre de Strasbourg.

Charlie et sa mère Claude © Charlie Vincent-Cheer

“On ne digère pas une telle nouvelle. Souvent on nous dit que le temps va faire son œuvre mais c’est faux. Chacun vit les drames et les panse comme il peut mais quand on perd quelqu’un de proche et que la mort est violente, on ne s’en remet pas. On compose avec et on apprend à vivre avec mais ce n’est pas moins douloureux. A 8 ans, je ne réalisais pas car je ne comprenais pas ce qu’on me disait et j’étais en colère”,

raconte Charlie.

Mais le pire reste à venir… Isolée dans un groupe d’adolescents, Charlie est une nuit violée par un garçon de 15 ans qu’elle a baptisée Vol de Mort. Traumatisée et mutique, la petite fille tait l’impensable mais les viols se reproduisent tous les deux jours et son agresseur finit par la “prêter” à ses compagnons de chambrée.

“Pendant deux ans, les éducateurs n’ont pas voulu savoir”,

dénonce Charlie Vincent-Cheer.

“Ceux qui savaient et qui voulaient dénoncer l’ignominie se taisaient parce qu’ils voulaient garder leur place et les autres s’en fichaient”,

ajoute-elle.

Des viols à peine punis par la loi

Jusqu’au jour où l’un des pensionnaires rebaptisé Snake, son seul allié dans le foyer, décide de parler devant tout le monde, en révélant à qui veut l’entendre que Charlie est violée quotidiennement par trois personnes.

La loi du silence se brise en un instant.

“Deux ans c’est incroyablement long mais quand Snake a révélé la vérité, le Pape n’avait plus d’autre choix que de mettre en place la machine judiciaire”,

confie Charlie.

Mais avant de l’emmener au commissariat pour faire sa déposition, le directeur de l’institution lui inflige une violente correction et la fait culpabiliser pour la conditionner avant sa rencontre avec la police.

“Tu as fait des bêtises avec les garçons”,

assène alors l’homme sans cœur.

Au commissariat, la petite fille de 10 ans va enfin rencontrer de l’humanité sous les traits de la policière Sarah qui, patiemment et à l’aide de panneaux où il est inscrit oui et non, l’amène à se confier. La justice va se mettre en branle mais le principal coupable ne va écoper que de 5 mois de prison avec sursis et être placé dans une maison de correction. Les autres agresseurs seront juste déplacés dans un autre établissement.

“J’ai vécu cette peine comme une terrible injustice d’autant que c’est un sentiment que je connais depuis mon enfance. Je ne m’attendais à rien mais du haut de mes 10 ans je savais que le pape ferait tout pour minimiser l’affaire et c’est ce qu’il a fait”,

regrette Charlie.

Une nouvelle vie en quittant la bergerie

Les années qui vont suivre sont à peine moins traumatisantes pour la jeune fille qui subit deux agressions sexuelles de la part de membres du foyer, dont une d’un éducateur. Puis, la pré-adolescente est envoyée une semaine sur deux dans une famille de parrainage où elle est maltraitée.

La mère de famille que la jeune fille appelle la marâtre est violente et humiliante. Charlie est terrorisée quand elle se rend chez ses parrains mais étrangement ressent aussi de la compassion pour cette femme qui a elle-même subi des maltraitances enfant.

Charlie à 9 ans © Charlie Vincent-Cheer

“J’avais une forme de tendresse pour ma marâtre car les enfants sont très empathiques. Depuis toujours j’essaie de connaître les raisons des différents comportements et j’avais de la compassion pour cette femme tout comme j’avais de la compassion pour ma grande mère qui était battue par son mari alcoolique”,

raconte Charlie.

Battue chez ses parrains, la petite fille ne connaît aucun moment de calme.

“Je n’ai jamais eu aucun répit et c’est ce qui fait que j’ai pensé à la mort toute ma vie”,

avoue Charlie qui ne peut pas non plus compter sur son père qui ne la reverra que quand elle aura 12 ans soit 4 ans après la mort de sa mère.

“J’ai eu toute ma vie des sentiments ambivalents concernant mes parents et mon père en particulier : j’étais partagée entre la colère de ne pas le voir, l’incompréhension d’être laissée dans une maison de fous, la douleur de ne pas le voir pendant 4 ans après la mort de ma mère mais aussi l’immense tolérance concernant sa maladie. Je sais que mon père a géré sa peine à sa façon”,

confie Charlie.

Quand la jeune fille quitte enfin la bergerie à 18 ans, elle a le sentiment de commencer à vivre enfin et peu importe les obstacles qui vont se présenter à elle.

“En renfermant le portail verre bouteille, j’ai eu un sentiment de liberté absolu. Je ne voulais qu’une chose : vivre. Pendant deux mois, j’ai fait du camping car je n’avais pas de logement et ensuite j’ai travaillé dans un fast food pour payer mon loyer et aller à l’université mais je m’en fichais car j’étais libre”,

confie Charlie qui a également participé brièvement à Koh-Lanta en 2016.

“Toute cette folie pure ne m’a jamais brisée et c’est un miracle. Car j’ai vu tous mes copains et mes copines fracassés. Je ne l’ai peut-être pas été car j’ai été placée à la naissance et je n’ai donc connu que le drame contrairement à eux. Je pense que le tempérament joue également : mes bourreaux n’ont jamais réussi à faire disparaître mes rêves “.

Charlie souhaite en effet depuis toujours de faire du cinéma même si ses débuts ont été un peu chaotiques car elle s’est vue souvent proposer des rôles en échange de faveurs sexuelles.

© Editions du Panthéon

C’est la raison pour laquelle elle s’est décidée à raconter son histoire dans Jacques a dit… suce !, un livre au titre ô combien déstabilisant…

“Je n’ai pas voulu aseptiser le titre car il faut pas tiédir les drames de la vie. Il ne s’agit pas d’une fiction alors pourquoi rendre confortable la lecture d’un titre quand les drames vécus ont été horribles ? j’ai tenu à conserver ce titre brut, scandaleux et tant pis si ça dérange !”,

s’enflamme Charlie.

“J’ai décidé d’écrire mon histoire afin de mettre en lumière ce que je considère comme étant complètement scandaleux. Il faut que ce que je raconte et qui existe encore dans les foyers cesse définitivement.
J’espère ainsi mettre un un coup de pied dans l’ignominie en espérant être remarquée comme une auteur respectable à qui on pourrait proposer de vrais rôles “,

conclut Charlie. C’est tout ce qu’on souhaite à cette incroyable survivante !

Source : journaldesfemmes

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